Salaires : les derniers doivent rester les derniers

Pour une fois, on va citer les Évangiles où le Christ est supposé avoir dit : « Les derniers seront les premiers et les premiers seront les derniers ». Bien entendu, ce n’est pas pour tout de suite : c’est quand le royaume des cieux aura été instauré. En attendant, c’est avec ce genre de bonnes paroles que les prêtres ont pendant des siècles prêché aux pauvres de prendre patience.

Pendant les mois de mars et d’avril, Macron et ses ministres ont rivalisé d’éloges sur ceux et celles qui étaient en première ou en deuxième ligne sur le front de la pandémie et répété qu’ils et elles avaient droit à la « reconnaissance de la nation ».

Une étude récente du secteur économique de la CGT1 fait le point sur les rémunérations et les carrières d’une partie des salariéEs concernés. Le constat est clair : en dehors des médecins, « les professions dont l’utilité sociale est vitale aujourd’hui, sont en bas (ou presque) de l’échelle sociale ». Et cela se manifeste tant du point de vue des salaires d’embauche que des perspectives d’évolution au fil des années. Embauchées au SMIC, les caissières (souvent à temps partiel contraint) n’ont d’autre perspective que d’y rester. C’est la même chose dans les métiers du nettoyage. Les infirmières ont des rémunérations inférieures à celles pratiquées dans les autres pays européens. On pourrait multiplier les exemples. Une bonne partie de ces emplois sont considérés comme « non qualifiés » alors qu’en fait ils exigent des connaissances pour être pratiqués correctement et sans risque pour la santé. D’ailleurs, le niveau de diplôme exigé pour bon nombre d’entre eux augmente : comme le dit un économiste, « les non-qualifiés sont de plus en plus diplômés ». Il faudrait aussi tenir compte des horaires, des cadences, des risques physiques et mentaux, des déplacements domicile-travail ou entre lieux de travail, etc.

Ce « peuple des bas salaires », avec d’autres juste un peu mieux payés, a permis à la société de vivre pendant le confinement alors que personne ne s’est vraiment rendu compte si travaillaient ou pas les membres des conseils d’administration, les traders, les spécialistes des relations publiques, les publicitaires, les conseillers fiscaux, etc. Toutes professions bien payées et dotées de bonus juteux

Le ministère de la Santé vient d’annoncer une concertation sur la situation des hospitalierEs : il faudra pousser pour qu’il en sorte quelque chose de consistant. Mais pour les autres, seules sont à l’ordre du jour des primes qui dépendent de la bonne volonté des patrons. Par contre, les riches sont rassurés, ni le rétablissement de l’impôt sur la fortune ni un impôt exceptionnel ne sont à l’ordre du jour.

Les derniers doivent continuer d’être les derniers et retourner sans protester au fond des soutes : telle est la vérité du macronisme.

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