Saint-Denis : résister aux violences qui tuent, à petit feu et à coups de feu

À Saint-Denis comme dans bien des villes du 93, les effets de délitement et de désintégration sociale produits par l’entreprise de démolition du service public d’éducation se font sentir.

Les 80 000 suppressions d’emploi de l’ère Sarkozy, évidemment pas compensées par les quelques milliers de créations de postes sous Hollande, se paient cash dans les quartiers populaires. 

Décrochage scolaire organisé

Les enseignantEs sont jeunes, moins formés, fortement percutés par les difficultés sociales de leurs élèves et leur impuissance à y faire face. Résultats : arrêts maladie, burn out et démission, avec des centaines de contractuelEs sans aucune formation ni aide pédagogique, donc encore plus vulnérables. Et de nombreux jeunes se sont retrouvéEs en décrochage scolaire et/ou en rupture de scolarité.

Dans tous les quartiers, des dizaines de jeunes se retrouvent plus souvent dans la rue qu’en classe, convaincuEs que l’école ne peut leur apporter que brimades et dévalorisation d’eux-mêmes. Pour eux, il n’y a pas d’horizon, de projets, ni de rues à traverser pour trouver du boulot… Alors ce qui se tisse, ce sont des logiques complexes d’honneur, de territoires à défendre, souvent bornés aux limites d’une cité. À Saint-Denis, l’année a été émaillée d’incidents autour et dans les lycées, entre jeunes des différents quartiers de la ville ou des villes environnantes. Plusieurs de ces agressions ont envoyé des jeunes à l’hôpital, alimentant les logiques de revanche. Et le lundi 17 septembre s’est produit ce que toutes les familles redoutaient : un jeune de 16 ans a été tué et deux autres blessés, par des armes à feu (kalachnikov et 9 millimètres).

Reconstruire un espoir

L’espoir ne peut venir que des ressources de la population, des jeunes, de leurs familles et de celles et ceux qui travaillent avec eux dans ce qu’il reste de services publics. Depuis un an, les « Mamans » des cités Saussaie-Floréal-Courtille ont alerté les équipes enseignantes, organisé des réunions, des marches entre quartiers, des initiatives en centre-ville. 

Quand elles ont appris la mort de Luigi, elles ont fait un nouvel appel, auquel ont répondu plus de 70 personnes, dont pour la première fois des jeunes. Une discussion houleuse, compliquée car les implications sont profondes pour la vie de chacunE, mais ouverte. 

Pour le moment, ce sont surtout les constats qui se partagent : « Il n’y a pas d’espoir de sortir de notre quartier » ; « Même pour travailler dans le quartier, on ne nous fait pas confiance » ; « Les familles baissent la tête et demandent aux flics de régler des problèmes alors qu’ils font partie des problèmes » ; « Tout ce dont on a besoin c’est du boulot »… Pour les réponses, on tâtonne : «Il ne faut pas nous en prendre les unEs aux autres » ; « La situation n’est pas celle du quartier, mais de la plupart des quartiers dans le 93 » ; « On doit travailler avec l’école, les éducs » ; « Les politiques doivent aider, pas nous laisser dans notre coin »… 

Beaucoup de ces familles se sont retrouvées samedi 22 septembre pour une marche en hommage à Luigi et dire l’injustice de cette mort et la volonté qu’il n’y en ait pas d’autres. Environ 500 personnes, dont beaucoup de jeunes, ont marché. Reste à reconstruire un espoir qui passera entre autres par des luttes pour le droit à l’éducation, à l’emploi, l’accès à la culture et aux loisirs pour touTEs les habitantEs, à commencer par la jeunesse.

Cathy Billard

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