Réussir le 28 avril et le 1er Mai... et continuer

La journée de grève et de manifestation du 28 avril est particulièrement importante et quelque part à haut risque pour notre camp...

En effet, après une trop longue pause (depuis le 9 avril), la suite dépend pour beaucoup du succès de ce rendez-vous. Il s’agit donc de frapper un grand coup pour redonner un élan à la mobilisation et offrir des perspectives réelles d’extension, voire de radicalisation du mouvement contre la loi travail.

Des débats aux actions

Heureusement, durant ces presque trois semaines, la contestation s’est maintenue en prenant la forme d’occupations de places avec les Nuits debout. Un phénomène qui montre que, depuis le succès de la pétition et la journée de manifestations du 9 mars, il y a comme un réveil, une bouffée d’air frais et une confiance retrouvée au sein du mouvement social qui, souhaitons-le, est en train de se reconstruire.

Des centaines ou des milliers de gens expriment le besoin de se retrouver régulièrement dans des dizaines de villes pour prendre la parole, débattre, réfléchir à la fois sur comment agir et changer le rapport de forces, sur la stratégie à adopter pour la lutte, et aussi sur les combats à mener ou sur la société que nous voulons. Une bonne façon de prendre ses affaires en mains.

Plus ou moins importantes, ces assemblées générales donnent des forces et des idées pour agir. Du coup, des initiatives se multiplient un peu partout, comme ce récent séminaire patronal à Toulouse perturbé par une fausse manifestation de droite et d’actionnaires, ces piquets devant des locaux de la Société Générale, grande spécialiste de l’évasion fiscale, ces blocages des caisses d’une grosse librairie bordelaise appartenant à un trésorier du Medef, ou encore l’occupation du théâtre de l’Odéon par des intermittentEs du spectacle...

Le retour de la question sociale

Les attaques du gouvernement comme la rapacité des possédants sont évidemment loin d’être stoppées, mais il y a bien une dynamique positive. Nous ne savons pas jusqu’où cela peut aller ni ce que cela changera, mais à coup sûr, il se passe quelque chose de suffisamment important pour que la situation sociale en soit marquée durablement. Depuis plus d’un mois, nous respirons autre chose que l’égoïste et brutale propagande ultra-libérale, que les étouffoirs que sont l’état d’urgence, le repli sur soi, l’individualisme, les préjugés racistes et réactionnaires, qui nous divisent et nous écrasent.

Pour la première fois depuis longtemps, ce sont bien les idées de la lutte sociale qui redeviennent d’actualité, les valeurs ou les espoirs de « gauche » comme la solidarité et la générosité. Ce sont les idées de contestation du système capitaliste qui occupent le devant de la scène. Il y a cette conscience revendiquée que c’est toutes et tous ensemble que nous pourrons changer les choses, cette lucidité de la nécessité de joindre les combats, de faire converger les luttes antiracistes avec la défense de l’environnement et du climat, avec l’exigence d’une démocratie directe ou encore avec les luttes pour l’emploi, contre les fermetures de maternité, d’écoles ou d’usines, avec la défense des services publics.

Ça commence aujourd’hui ?

Nous voyons bien que la mobilisation du moment va bien au-delà du retrait du projet de la loi travail qui joue le rôle de déclencheur d’une riposte qui aurait pu avoir lieu plus tôt. Les occasions n’ont pas manqué tant les reculs sociaux imposés ont été nombreux. Mais si c’est aujourd’hui, ce n’est pas seulement parce que c’est « la goutte d’eau qui fait déborder le vase », c’est aussi le fruit de nombreuses résistances ces dernières années, parfois isolées mais souvent déterminées et parfois victorieuses, qui ont préparé le terrain.

En effet, malgré une situation sociale et politique dominée par un climat de résignation dans la population, aggravée par une répression contre les militantEs et manifestantEs et par des brutalités policières qui se systématisent, il y a toujours eu des associations, des collectifs, des syndicats, des militantEs pour résister et pour repousser des attaques. Les récentes mobilisations, à Calais en solidarité avec les migrantEs, celle des salariéEs dans la santé ou dans le commerce, ou à Notre-Dame-des-Landes contre un projet d’aéroport néfaste, ont joué un rôle important durant cette dernière période.

Tout cela pour dire qu’un mouvement social, ça se construit. Nous nous battons pour cela, pour aider à remettre en place des réseaux de solidarité, pour se coordonner, pour que nous, les oppriméEs, redevenions une force collective capable de changer les choses par nos combats et par notre auto-organisation. Et c’est peut-être ce 28 avril, ce 1er Mai, et après, dans les grèves à reconduire et à élargir, dans les rues et sur les places à investir massivement, que ça commence.

Philippe Poutou

 

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