Résister à la casse sociale

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Avec la casse du code du travail, le droit du travail en France est en passe de reculer de plusieurs décennies. Les acquis obtenus au fil des luttes passées sont en péril. Macron et sa clique voudraient nous livrer pieds et poings liés aux patrons, en subordonnant les droits du travailleur aux exigences des entreprises. Le gouvernement prend l’exemple des pays où ces mauvais coups ont été portés, comme l’Italie ou l’Allemagne, en prétendant que la situation s’en est trouvée améliorée. Ce sont des mensonges. Car cela a juste procuré de la main-d’œuvre corvéable aux entreprises qui, par ailleurs, n’embauchent que lorsqu’elles ont besoin de le faire. En Allemagne, une étude récente montre que les patrons en ont profité pour transformer des emplois stables en emplois précaires subventionnés, et que deux millions de salariés gagnent moins de six euros de l’heure ! En Italie, après un effet d’aubaine saisi par les patrons, le chômage est reparti de plus belle.

En instituant le plafonnement des indemnités prud’homales, la nouvelle loi Travail dit vouloir « sécuriser » les employeurs : les patrons voyous seront dorénavant protégés.  Dans le même esprit, pour décourager les recours des salariés contre des licenciements abusifs, les délais de saisie du tribunal prud’homal sont raccourcis. De cinq ans il y a une décennie, ils passent maintenant à un an. Et dans la rubrique des licenciements facilités, il y a ce dispositif de « rupture conventionnelle collective ».

Les premiers mois de la gouvernance Macron illustrent parfaitement ses objectifs. D’un côté, réduction des aides au logement pour les plus démunis, moins cinq euros pour tous, et quasi suppression des emplois aidés ; de l’autre, réforme de l’ISF au profit des plus riches et aides accrues aux entreprises. Cette philosophie ultralibérale a déjà montré son incapacité à créer de l’emploi. Il y a eu une douzaine de réformes du marché du travail en France depuis 1993. Résultat, le chômage est passé de 9,2 % en 1995 à... 9,2 % en 2017. Tous les salariés, du privé et du public, sont concernés. Voilà le monde que nous préparent nos gouvernants, si nous laissons faire.

 

D’autres mauvais coups nous attendent

Ce n’est pourtant qu’un début, comme se plaisent à le rappeler Macron et sa ministre du travail, Muriel Pénicaud. Au passage, cette dernière, qui prétend agir pour notre bien, a commencé par se faire du bien à elle-même : elle a profité d’un plan de licenciement de 900 personnes à Danone, qui avait fait grimper l’action du groupe, pour réaliser en 2013 une « modeste » plus value de 1,13 million d’euros. Elle sévissait à l’époque comme DRH de ce groupe.

Après le dynamitage du code du travail, il y a dans les cartons celui de l’assurance-chômage, qui va de pair. Pour leur faire accepter n’importe quel emploi, il faut réprimer les chômeurs, en effectuant un chantage à la suppression de leur indemnisation, comme c’est déjà largement le cas en Allemagne, où les prestations sont coupées sous n’importe quel prétexte. 

Si on entend souvent parler du coût du travail, on entend bien moins parler du coût du capital. Les mesures d’allègement de cotisations sociales pour les employeurs représenteront cette année 51,9 milliards d’euros, dont près de la moitié pour le CICE.  Au détriment des services publics qui n’arrêtent pas de se dégrader. La France, un pays qui soi-disant découragerait les entrepreneurs, est ainsi celui qui conserve sa position de plus gros pourvoyeur de dividendes en Europe (54 milliards de dollars en 2016), devant l’Allemagne (36 milliards). Mais lorsqu’il faut taxer si peu que ce soit les bénéfices, le patronat hurle et le gouvernement... recule. Ainsi en va-t-il de la surtaxe provisoire des entreprises réalisant plus d’un milliard d’euros de chiffre d’affaires, qui ne figurera finalement pas dans le budget 2018 à côté de la baisse de cinq euros mensuels de l’APL. Tout un symbole.

 

Il faut un plan de lutte

Face à ces attaques qui vont continuer tout au long du quinquennat Macron, et qui ont été préparées sous le gouvernement précédent, avec notamment la loi El Khomri, il est urgent de réagir.

Or, ceux qui sont censés nous défendre, les dirigeants syndicaux, ont quasiment tous participé à cette mascarade de concertation, avec des dés pipés car les résultats étaient connus d’avance. Des journées de protestation sont organisées par la CGT, Solidaires et la FSU. Il est important qu’elles connaissent du succès. Mais il est temps aujourd’hui d’élaborer un véritable plan de riposte, au même titre que gouvernants et patrons ont fourbi leurs attaques depuis des années. Et de commencer à en parler et à s’organiser dans nos entreprises, facultés et lycées, au sein des structures et équipes syndicales combatives dont certaines, notamment à FO, ont appelé au 12 septembre contre l’avis de leur confédération.

Régine Vion