«  Quand les éboueurs font grève, les orduriers sont indignés  »

« Une grève qui pollue ». C’est autour de ce titre tout en nuances que le JT de France 2 a décidé de traiter, le 4 février dernier, les grèves des éboueurs à Paris et à Marseille. Un « reportage » au cours duquel riverainEs – forcément excédés – s’expriment, sur fond d’images de poubelles qui s’amoncellent, avec une Anne-Sophie Lapix, en plateau, évoquant une « catastrophe écologique ». Un « sujet » au cours duquel – mais est-il vraiment besoin de le préciser ? – la parole ne sera pas donnée aux grévistes, ni à leurs représentants syndicaux…

Une caricature ? Pas vraiment. Plutôt un condensé de la façon dont, du côté de certains cercles politico-médiatiques, on considère les salariéEs : invisibiliséEs lorsqu’ils et elles accomplissent, par leur travail, des tâches indispensables au bon fonctionnement de la société, mépriséEs lorsqu’ils et elles « osent » relever la tête pour défendre leurs droits. C’est ce même traitement qu’ont subi les grévistes de la RATP et de la SNCF lors de leur grève historique de décembre-janvier, et c’est celui que continuent de subir les salariéEs de l’énergie, accusés par l’inénarrable Jean-Michel Aphatie de « prendre en otage l’électricité » (sic).

Comme l’avait déclaré notre camarade Philippe Poutou en décembre dernier alors qu’il était questionné sur les « perturbations » dans les transports, « si les députés, les actionnaires ou les éditorialistes des grandes chaînes d’info faisaient grève, ça perturberait moins la vie des gens ». Une vérité que certains continuent de refuser de voir, pendant que d’autres tentent à tout prix de la dissimuler : oui, ce sont bien celles et ceux d’en bas, les travailleurEs, qui produisent les richesses et qui font tourner tout ce qui est indispensable à la vie en commun. Et contrairement à ce que Sarkozy avait cru bon de déclarer lorsqu’il était président, lorsqu’il y a des grèves, dans le pays, tout le monde s’en rend compte.  

La mobilisation en cours a rappelé à qui l’avait oublié la puissance de la grève, qui demeure la principale force des salariéEs, et les réactions outragées du patronat, de ses idéologues et de son personnel politique n’en sont que la confirmation. Pour leur faire ravaler leur morgue, pour les faire reculer, c’est bien une grève de masse qu’il nous faudra construire, seul moyen de bloquer totalement le pays et les faire partir, avec leurs contre-réformes.

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