Pour avoir un emploi, traverser la rue ? Chiche !

La déclaration provocatrice de Macron lancée à un jeune chômeur il y a quinze jours, selon laquelle il « suffit de traverser la rue » pour trouver du travail, n’avait pour but que de faire le buzz à la télé. Elle était tellement grotesque que l’effet n’a pas manqué… Comme n’a pas manqué la poursuite de la baisse de popularité de Macron, sa cote ayant chuté en cette fin septembre à 28 %, moins que celle de Hollande au bout de deux ans de mandat.

Mais aussi ridicule soit-elle, cette petite phrase de Macron, comme ensuite les mensonges du porte-parole du gouvernement pour tenter de la justifier, résument bien la philosophie de la nouvelle réforme des indemnités chômage voulue par le gouvernement, dont les négociations, entre gouvernement, patronat et syndicats s’ouvrent cette semaine.

« 300 000 emplois non pourvus en France » ?

Aux dires de Macron, le chômage serait une affaire de responsabilité individuelle… des chômeurEs eux-mêmes et elles-mêmes, qui ne seraient pas suffisamment « prêts à se lever le matin » pour travailler. Les vraies victimes ne seraient pas les chômeurEs mais les entreprises souffrant de pénuries de main-d’œuvre, en particulier « dans l’hôtellerie, le café, la restauration, le bâtiment », etc. Et le porte-parole du gouvernement, Benjamin Griveaux, d’ajouter que selon Pôle emploi il y aurait « plus de 300 000 emplois non pourvus en France », principalement dans ces secteurs dits en tension. Outre que ce chiffre régulièrement cité par le Medef est clairement abusif – on s’approcherait plutôt, selon une enquête publiée par Pôle emploi en décembre 2017, des 19 000, soit 0,6 % des offres d’emploi – il ne permettrait pas, dans tous les cas, de régler la situation des plus de 6 millions de chômeurEs. Et il est notable de constater que lesdits secteurs en tension sont parmi les moins attractifs : salaires très faibles, horaires décalés et, pour la majorité des postes proposés, emplois de courte ou très courte durée, n’aboutissant quasiment jamais à un à temps complet ou à un CDI. Raison pour laquelle on y trouve beaucoup de travailleurEs d’origine immigrée, qui se voient fermer les autres portes. 

Mais pour Macron et Griveaux, il semble évident que les salariéEs ne peuvent pas refuser « d’accepter les contraintes du métier » et doivent être prêts à prendre n’importe quel type de boulot plutôt que de rester au chômage… À l’image du Royaume-Uni ou de l’Allemagne où le taux de chômage a certes diminué mais où la pauvreté, elle, a littéralement explosé. 

Des économies sur le dos des chômeurEs

Pas question, bien sûr, de parler de la responsabilité du patronat ou de l’État patron, qui ne cessent de licencier, supprimer des postes, remplacer les emplois supprimés par des postes précaires, dans le privé comme dans tous les services publics. Dans le projet de réforme de l’indemnisation du chômage qui se prépare, semble déjà passée à la trappe la seule petite mesure d’instauration d’un « bonus--malus » destiné à taxer les entreprises qui abusent des emplois précaires et des contrats de courte durée. En revanche, le gouvernement voudrait revoir à la baisse le dispositif permettant précisément aux salariéEs de ces emplois courts (ils sont 1,7 million) de pouvoir, sous certaines conditions, cumuler une partie d’allocation chômage avec leur salaire de temps partiel ou d’emploi court intermittent.

Le but de la réforme est clair : réaliser entre 3 et 4 milliards d’économies pour les caisses chômage dans les trois ans qui viennent, dont 1,3 milliard en 2019. Sur le dos des chômeurEs. Au programme notamment : une dégressivité des allocations chômage destinée à pousser les chômeurEs à reprendre au plus vite n’importe quel emploi ; la modification des critères « d’offre raisonnable d’emploi », que le chômeurE n’a pas le droit de refuser sous peine de voir son allocation chômage supprimée, pour l’obliger à accepter un emploi largement sous-payé par rapport à celui qu’il a perdu, etc.

De quoi nous donner envie, pour défendre les emplois et l’indemnisation du chômage, non pas de traverser la rue, mais d’y descendre par centaines de milliers.

Étienne Bridel

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