Pendant le confinement dû au coronavirus, la lutte de classe continue

« Dans la guerre qui s’engage, la France aura pour elle le droit, dont les peuples, non plus que les individus, ne sauraient impunément méconnaître l’éternelle puissance morale. Elle sera héroïquement défendue par tous ses fils, dont rien ne brisera devant l’ennemi l’union sacrée et qui sont aujourd’hui fraternellement assemblés dans une même indignation contre l’agresseur et dans une même foi patriotique » (Raymond Poincaré, message du Président de la République aux Assemblées, 4 août 1914).

Si Macron fait mine de découvrir le caractère essentiel du secteur public en matière de santé, c’est bien, et avant tout, la préservation de l’activité économique, industrielle, des profits qui est au cœur des dispositions prises contre le développement de la pandémie du Covid-19. Sous couvert d’union sacrée c’est bien la même histoire qui bégaie. Au fil des jours et des annonces les contours d’une politique de classe dans la lutte contre la pandémie se renforcent.

Des décisions  à géométrie variable

Dans les entreprises, les mesures de protection sont le plus souvent inexistantes, du fait notamment de l’insuffisance des moyens de protection mis à dispositions des salariéEs. Pas de gel hydro-alcoolique, pas de masques, pas de blouses. Que l’on soit dépanneurE d’ascenseurs, postierE, livreurE d’Amazon, agentE de la RATP, de la SNCF, caissierE dans une grande surface, etc., les moyens qui devraient être mis à notre disposition sont le plus ­souvent inexistants.
Les arrêts de production sont extrêmement rares et on pourrait même dire suspects d’effet d’aubaine. Dans l’automobile, la baisse des ventes amorcée depuis plusieurs mois pourrait bien être un des motifs des arrêts de production décidés chez PSA, Renault ou Michelin. Encore a-t-il fallu que les menaces ou les débuts de mobilisation des salariéEs les incitent à franchir le pas.
Dans nombre de secteurs, notamment couverts par les petites et moyennes entreprises, les difficultés d’écoulement de production pourraient se cumuler avec des problèmes d’approvisionnement pour les pièces, les matériaux venant de régions éloignées. Avec des possibilités de décisions d’arrêts de production dans les semaines à venir au prétexte de solidarité et de sécurité sanitaire. Dans ces secteurs, ce sont les salariéEs qui font les frais des mesures prises : retour de production en équipes séparées, télétravail imposé, absence de toute protection, suppressions de postes frappant intérimaires, sous-­traitants, prestataires, CDD, contrats de mission, etc. Dans ce domaine, si les annonces gouvernementales d’aide aux employeurs sont claires, la volonté et la capacité à assurer un maintien effectif du salaire de l’ensemble des salariéEs impactés sont plus que douteuses.

Enfumage et autoritarisme

Les appels à la responsabilité peuvent dépasser le secteur de la santé pour viser les grévistes de Radio France, enjoints à assurer le service public d’information plutôt que de lutter contre sa liquidation.
Le report de la mise en œuvre de la réforme de l’assurance chômage, comme celui du vote de la réforme des retraites ou de la date d’autorisation des expulsions de logement, ne sauraient créer d’illusions sur une quelconque volonté du pouvoir de ne pas les imposer le plus rapidement possible. En effet, le gouvernement multiplie les effets d’annonce. Après les déclarations de Macron s’interrogeant sur les vertus du libéralisme, on a droit à l’annonce, par les Échos, de l’interdiction des licenciements, et à la déclaration de Lemaire : « Je n’hésiterai pas à employer tous les moyens qui sont à ma disposition pour protéger les grandes entreprises françaises. Cela peut passer par de la capitalisation ou une prise de participation. Je peux même employer le terme de nationalisation si nécessaire » (conférence de presse téléphonique du 17 mars).
La lutte contre la pandémie Covid-19 s’accompagne, en France comme à l’échelle internationale, d’une exacerbation de la violence de classe. Les plus fragiles, les plus précaires vont être les plus violemment frappés. Cette lutte est d’ores et déjà le prétexte à un autoritarisme débridé, décomplexé : attestation de déplacement obligatoire sous contrôle policier et militaire, fermeture des frontières, mise en place d’hôpitaux militaires... Beaucoup des mesures prises (télé­travail, contingentement) visent ou ont pour conséquence le repli individuel, la destruction de collectifs, déjà largement à l’œuvre. L’absence de prises de position des directions syndicales nationales sur l’arrêt des productions inutiles et la mise en avant d’exigences sociales urgentes contribue à l’installation des sentiments de désarroi, d’impuissance1.
Plus que jamais, l’urgence est à la prise en mains de nos affaires, de toutes nos affaires.

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