Pauvrophobie

Le nombre d’expulsions locatives, opérées avec l’intervention des « forces de l’ordre », c’est-à-dire de la police, a bondi de 24 % en 2015 pour s’établir à 14 363. Un « sombre record », alors que ce nombre était « relativement stable depuis dix ans », a annoncé récemment la Fondation Abbé-Pierre. « Ces chiffres alarmants sont la conséquence de la hausse des loyers dans le parc privé, mais aussi dans le parc social », estime aussi la fondation dans un communiqué.

Pourtant, les expulsions réalisées avec le concours de la police ne constituent qu’une minorité des expulsions : de nombreux locataires partent sans attendre les forces de police. En 2015, 132 196 décisions de justice prononçant une expulsion ont été prises. La fondation s’indigne que les personnes reconnues prioritaires au titre du droit au logement opposable (Dalo) soient également expulsées : l’État viole les instructions qu’il a lui-même édictées, laissant les préfets expulser les ménages pourtant prioritaires pour un relogement...

Cela n’empêche pas le gouvernement de programmer une nouvelle baisse des APL. 3,8 millions de personnes sont mal logées et 12 millions de personnes sont fragilisées par la crise du logement, mais ce gouvernement, pour compenser ses largesses envers les patrons, est toujours en quête d’économies sur le dos des plus modestes.

L’association ATD Quart Monde dénonce la « pauvrophobie », ou rejet du pauvre. Le phénomène n’est pas nouveau, mais il s’installerait dans la société. Ce constat n’est pas faux, mais la première des pauvrophobies est celle de l’État et des élus qui rabotent les budgets consacrés aux personnes en difficulté, complexifient l’accès à certains dispositifs d’aide, et tendent à rejeter sur eux toute la responsabilité de leur situation.

Daniel Blake, le personnage du dernier film de Ken Loach, est donc aussi français !

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