Lutter contre le chômage, pas contre les chômeurEs

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Macron, moins joueur ou plus lucide qu’Hollande, n’a pas engagé son quinquennat et son éventuelle candidature à un second mandat sur une réduction du nombre de chômeurEs. Même les traditionnels commentaires sur les chiffres mensuels ont été jugés trop risqués…

Il faut dire qu’au-delà des micro-­variations qui alimentent les commentaires, la réalité reste dramatique avec 6 623 100 privéEs d’emploi et travailleurEs saisonnierEs, toutes catégories confondues, auxquelEs il faut ajouter 4 800 000 « invisibles » qui n’entrent pas ou plus dans les statistiques.

Une situation dramatique

De 3 475 600 privéEs d’emploi (sans emploi, tenus d’accomplir des actes positifs de recherche d’emploi), on est passé à 3 483 600, soit une variation : de + 0,2 % sur un an. Les catégories B et C (en emploi, tenus « d’accomplir des actes positifs de recherche d’emploi ») sont 2 132 400, soit + 7,4 % sur un an. La progression du nombre de « salariés chômeurs » des catégories B et C, remarquée depuis de nombreuses années, montre une augmentation spectaculaire de la précarité : le total B + C a doublé en 10 ans.

Sur un an, le chômage de très longue durée augmente de 4,1 % et celui des plus de 50 ans de 6 %. 

On compte près de 300 000 radiations (50 % dues aux erreurs, découragement et « punitions »), pour 100 000 sorties correspondant vraiment à des reprises d’emploi. UnE chômeurE inscrit à Pôle emploi sur deux ne perçoit aucune indemnité.

Au total nous sommes à plus de 11 millions de chômeurEs et autant de personnes largement sous le seuil de pauvreté. Si les femmes ont un taux de chômage légèrement inférieur, elles sont davantage frappées par la précarité : elles sont 10 % de plus que les hommes à toucher le RSA ou l’allocation vieillesse.

Des recettes pourries

Les recettes du gouvernement Macron ne sont pas nouvelles : baisser les « charges » des entreprises, distribuer les aides et toutes formes de cadeaux censés améliorer les « performances », la compétitivité permettant de gagner des parts de marché et donc des créations d’emplois. Le résultat, on le connaît : pas de création d’emplois, des boîtes qui ferment après avoir empoché les aides, le tout facilité par les ordonnances simplifiant les licenciements et réduisant les droits des salariéEs et des organisations syndicales. 

Gouvernants, patrons et médias répètent à longueur de journée qu’avec ces recettes, d’autres pays ont ainsi réussi à faire baisser leur taux de chômage. En fait, partout, des États-Unis à l’Allemagne en passant par la Grande-Bretagne, cette baisse s’accompagne d’une montée de la précarité, des contrats à durée déterminée, des petits boulots, des contrats à 1 euro par heure en Allemagne ou à 0 heure de temps de travail minimum en Grande-Bretagne.

Pendant ce temps, partout, des chaînes aux bureaux, dans les grandes surfaces ou dans le nettoyage, les salariéEs croulent, crèvent sous les charges de travail. Plus d’unE salariéE sur deux présente des « niveaux élevés d’anxiété », près d’un tiers sont à des « niveaux dépressifs élevés » et 6 % en dépression. Avec davantage de femmes touchées que d’hommes (28 % contre 20 %).

Nouvelles aggravations 

Après les ordonnances, le gouvernement s’apprête à aggraver la situation des chômeurEs : augmentation des contrôles, sanctions en cas de refus de deux offres d’emplois « raisonnables ». Pour faire passer la pilule, des promesses, au financement non assuré, de couverture en cas de démission et pour les travailleurEs indépendants, et l’instauration d’un bonus-malus pour pénaliser les entreprises et abuseraient des CDD. 

Tout cela est d’autant plus inquiétant qu’avec un financement assuré par l’impôt (CSG) à la place des cotisations sociales, et la volonté du gouvernement de prendre en main la gestion de l’assurance chômage, l’indemnisation des chômeurEs serait de plus en plus soumise à la politique antisociale d’un pouvoir agent du Medef. 

Face à ces attaques, la construction d’une mobilisation qui lie réduction massive du temps de travail, indemnisation des privéEs d’emploi au niveau d’un SMIC revalorisé (1 800 euros net) est plus que jamais urgente. La traditionnelle manifestation de début décembre doit être une étape réussie.

Robert Pelletier

Manifestation contre le chômage et les précarités, pour des droits nouveaux

Samedi 2 décembre
14 h place de Stalingrad

À l’appel de AC ! – APEIS – MNCP – CGT-Chômeurs et avec le soutien de nombreuses organisations syndicales, associatives et politiques

 

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