L’unité dans l’action, tout de suite

Comme c’était prévisible, la grève à la RATP s’étiole, après 44 jours de grève. La plupart des AG de grévistes ont constaté ce recul, même si une partie continue, pour donner confiance à d’autres secteurs, maintenir la pression et passer le relai. À la SNCF, cela tient encore, même si le nombre de cheminotEs en AG décroit. Pourtant, les grévistes des transports n’ont pas dit leur dernier mot. Même lorsqu’ils reprennent le boulot, ils expriment clairement qu’ils et elles seront de retour dans la grève dès que celle-ci associera de nouveaux secteurs. C’est donc l’enjeu de cette semaine, après l’échec de la semaine dernière. Et il n’y aura peut-être pas de troisième chance.

Confusions et difficultés

L’appel intersyndical de la semaine dernière était confus, entre les dates du mardi, du mercredi et du jeudi. Cette fois, les choses sont plus simples : « des actions de grève, de convergences interprofessionnelles sur tout le territoire, les 22 et 23 janvier. […] « Retraites aux flambeaux » ou autres initiatives le jeudi 23 au soir. […] Vendredi 24 janvier, date du conseil des ministres qui devrait examiner le projet de loi, une journée massive de grève et de manifestation interprofessionnelle. » Il ne s’agit pas d’un appel à la grève générale, et le flou est entretenu à la fois sur les suites à donner au 24, et sur la nécessité de la grève cette semaine dans tous les secteurs où c’est possible, y compris de manière minoritaire pour construire la mobilisation (l’intersyndicale appelle à « des assemblées générales pour continuer et amplifier encore la mobilisation […] et renforcer la grève y compris reconductible là où les salariéEs le décident »). Mais cela donne des outils pour construire partout.

Il ne suffit pas d’appuyer sur un bouton pour que la grève générale se mette en place. Les difficultés sont nombreuses. La santé ne décolle pas en raison des restrictions au droit de grève et à l’influence des médecins qui ne veulent pas mélanger les combats. L’éducation est plus difficile à mobiliser qu’autrefois. Dans le reste de la fonction publique et dans le privé, les difficultés sont encore plus importantes.

Mais il est possible de mobiliser, les tentatives effectuées le prouvent, que ce soit la magnifique grève à la RATP, un secteur que l’on croyait ravagé sur le plan militant, que cela soit les tournées dans les établissements et écoles, que cela soit l’entrée en mouvement de telle ou telle entreprise du privé. 

Mobiliser tout le monde

Mais pour cela, il faut privilégier le travail vers les masses. Deux écueils sont à éviter de ce point de vue : celui des secteurs syndicaux épuisés par les batailles du passé, qui restent au local, sont focalisés par les instances de « dialogue social » ; et celui des secteurs radicaux qui se complaisent dans l’action minoritaire et abandonnent le travail de conviction. Dans toute lutte, la mobilisation quotidienne rend « quotidiennement méconnaissable », comme dit Alain Krivine. On se politise, on fait des liens entre toutes les luttes, on souhaite des actions radicales, qui remettent en cause le pouvoir. C’est extrêmement positif… à condition de ne pas opérer une fuite en avant où on se coupe des salariéEs démobiliséEs.

Les divisions syndicales, les conflits politiques, les dénonciations en tout genre, tout cela doit être mis au second plan. Aujourd’hui, pour déstabiliser le pouvoir, il faut faire nombre.

Réussir le 24 pour construire la grève générale

La grève du 24 janvier peut être la plus grande depuis 1995, 2003 et 2006. Pour cela, il faut convaincre un par un, comme le dit l’affiche qui circule sur les réseaux sociaux, que « en grève, en maladie ou en RTT, personne ne doit travailler » et tout le monde doit aller manifester. Convaincre un par un, cela veut dire voir ou revoir touTEs les salariéEs pour donner ou redonner les arguments concernant la réforme, montrer l’importance de cette journée. Expliquer que si elle est massive, s’il y a des millions de personnes dans la rue, alors la confiance changera de camp : le pouvoir sera déstabilisé et la force d’entraînement permettra de poursuivre la grève de masse, reconductible, dont nous avons besoin pour gagner.

L’espoir que nous pouvons avoir est aussi que la colère contre Macron pousse touTEs celles et ceux qui le rejettent à se mobiliser. Que touTEs les Gilets jaunes, les centaines de milliers de personnes qui ont manifesté l’an dernier, rejoignent les rangs des manifestations. Mais aussi touTEs les membres des classes populaires qui ont intérêt à dégager Macron. Les entreprises du CAC 40 ont distribué 60 milliards d’euros de dividendes en 2019, un niveau qui dépasse celui juste avant la crise en 2007, et qui annonce la prochaine crise économique.

Réussir la journée du 24, cela se prépare dès lundi 20, par des grèves les plus massives possibles et par des tournées pour convaincre tout le monde de se battre. 

Antoine Larrache


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