La révolte gronde à France Télévisions

Mercredi 13 décembre, une grève de 24 heures a touché le groupe France Télévisions, au lendemain du vote, par les journalistes des rédactions nationales, d’une motion de défiance contre Delphine Ernotte, présidente du groupe. L’expression la plus récente d’un mouvement de fond qui touche l’ensemble de l’audiovisuel public, victime de l’austérité et d’un management agressif.

Le 12 décembre, une motion de défiance était adoptée, par 84 % des voix, contre Delphine Ernotte. Une façon de signifier un refus clair des projets de « réforme » à l’œuvre à France Télévisions, élaborés – une fois de plus – au nom des sacro-saintes « économies ». Le gouvernement a en effet exigé une baisse de 50 millions d’euros du budget de France Télévisions, après avoir déjà signé avec la direction du groupe un contrat d’objectifs et de moyens qui prévoit la suppression de 500 postes d’ici à 2020, dont 180 en 2018. 

Logiques de rentabilité 

Fin novembre, les annonces d’importantes suppressions de postes à « Envoyé spécial » et « Complément d’enquête » avaient suscité une mobilisation qui avaient contraint la direction à annoncer qu’elle reculait, sans pour autant donner de véritables garanties. Car l’information (et a fortiori l’investigation), qui coûtent plus cher et sont moins « rentables » que le divertissements, demeurent dans la ligne de mire de Delphine Ernotte. Ce qui a fait déclarer à Clément Le Goff, président de la très modérée Société des journalistes de France 2, cité par le Figaro : « Les équipes ne seront plus en mesure de proposer une information de qualité, digne du service public, indépendante et vérifiée. Distraire fait partie de nos missions de service public, mais nous estimons qu’offrir une information rigoureuse et de qualité passe avant. »

Management agressif 

Quelques jours après la grève, c’était au tour des salariéEs du service des sports d’adresser une motion à la présidente Ernotte : « Depuis de longs mois maintenant, nous (…) vivons au rythme d’annonces et de rumeurs non démenties qui augurent d’un affaiblissement significatif, historique de notre activité et de la place du service public de l’audiovisuel dans le sport. » Car au-delà des suppressions de postes et des baisses de crédits, c’est le management même de Delphine Ernotte qui est contesté : on reproche ainsi à celle qui a été nommée en 2015, dans des conditions plus que douteuses (copinage et clientélisme), de ne rien connaître à la télévision et au journalisme, et de faire preuve de mépris et d’autoritarisme. Souvenons-nous que Delphine Ernotte a fait toute sa carrière à France Télécom/Orange et qu’elle était directrice générale du groupe lors des « vagues » de suicidesdu début des années 2010… 

L’information et la culture ne sont pas des marchandises

La politique du gouvernement et de ses relais à France TV est à l’image du projet plus global de la start-up Macron : réduction des dépenses publiques, priorité à la com’ au détriment de l’information, précarisation généralisée et pression sur les salariéEs… Au-delà de France TV, c’est l’ensemble du service public de l’audiovisuel (y compris Radio France), déjà considérablement attaqué par les gouvernements précédents, qui est visé. 

Loin de nous l’idée de défendre l’audiovisuel public sans formuler de critiques à l’égard de certains de ses contenus et de ses journalistes vedettes. Mais l’on ne peut rester passif face à la destruction en cours : l’urgence est à la refondation et à l’extension du service public de l’information et de la culture. Ce service public devra être totalement libéré des logiques mercantiles, respectueux des droits des salariéEs et de l’indépendance des journalistes. 

Julien Salingue 

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