La Mongie : les saisonnierEs en lutte démontent le télésiège présidentiel

Crime de lèse-majesté ! Le petit peuple salarié de la station de La Mongie, dans les Hautes-Pyrénées, a osé démonter lundi dernier le siège de téléski réservé (!) au monarque républicain à chaque fois qu’il y vient skier. Un siège tricolore ! Les dirigeants du Domaine du Grand Tourmalet, en bons courtisans, avaient fait regarnir en bleu-blanc-rouge la banquette du panier du télésiège (et même les protections) sur laquelle le candidat Macron et son épouse avaient posé, pour la première fois, leur fessier durant la campagne présidentielle de 2017…

« Faits d’hiver – Manu m’a tuer ! »

Manifestement peu conscientEs de l’honneur que leur fait le couple présidentiel par sa présence régulière dans la station, les saisonnierEs des remontées mécaniques et domaines skiables ont tenu, à leur façon, à « dégager Macron ». « Pas de ski chez Mamie sans saisonnier » (« Mamie », la grand-mère de Bagnères-de-Bigorre - dont La Mongie est la station - chez qui, enfant, Macron passait toutes ses vacances), pouvait-on notamment lire lundi sur des pancartes installées devant le télésiège. Ou encore : « Faits d’hiver – Manu m’a tuer ! » 

C’est que la réforme de l’assurance-chômage (qui porte à six mois de travail sur 24, au lieu de quatre sur 28, l’ouverture des droits aux allocations) va jeter encore plus dans la précarité et la misère les saisonnierEs : une perte de 20 à 50% de leur indemnité. Comme l’explique la CGT (citée par Tarbes7.fr), « Les travailleurs saisonniers sont très précarisés par la nature même de leur contrat de travail : salaires bas, pénibilité, difficulté voire impossibilité d’accès à un logement décent ou encore non attribution d’une prime de précarité. Ajoutant à cette situation déjà fragilisée, le gouvernement, par l’ensemble de ces contre-réformes en matière sociale, va conduire un très grand nombre de ce salariat – dont on parle peu en termes de garanties collectives et d’acquis sociaux – vers encore plus de précarité ». La survie des saisonnierEs, c’est également la survie de ces régions qui aujourd’hui, pour une bonne part, dépendent, au niveau économique mais aussi social et environnemental, du tourisme. 

« Sauvons nos emplois, nos villages, nos avenirs »

Contre cette « réforme » mais aussi contre la « réforme » des retraites, les saisonnierEs sont particulièrement mobilisés. La journée nationale de grève des stations de ski du 15 février, à l’appel de la CGT et de FO, a été un succès1. La colère est toujours vive, exacerbée même par le mépris avec lequel le pouvoir les traite. 

D’autres actions locales ont eu lieu depuis. Le jour où dans les Pyrénées les saisonnierEs démontaient le siège présidentiel pour le déposer devant la préfecture de Tarbes, celles et ceux des Alpes, en grève, se rassemblaient devant la préfecture de Chambéry. Une nouvelle journée de mobilisation nationale est prévue dans les jours à venir par l’intersyndicale. 

Correspondant

Claude Serfati, économiste, chercheur auprès de l’IRES, est l’auteur, entre autres, de L’industrie française de défense, (Ed. La Documentation française, 2014) et Le Militaire: une histoire française (Ed. Amsterdam, 2017)

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