La Bretagne, Far West agricole ?

Le secteur de l’agroalimentaire est devenu une machine à produire des profits. Le système est rodé : méthodes de gestion opaques, conditions de travail défectueuses, pratiques polluantes, élus et administrations connivents. Malheur à qui voudrait aller y voir de plus près… Ainsi, en Bretagne, une journaliste, Inès Léraud, est à nouveau poursuivie en justice.

En 2018, les reportages d’Inès Léraud sur l’intoxication par les pesticides dont sont victimes les salariéEs de Trikalia, plus grosse coopérative agricole bretonne, ont révélé « les pratiques courantes, illégales, souvent dangereuses mises en œuvre par certains acteurs du secteur agroalimentaire, pratiques couvertes par les administrations et les éluEs »1 d’après la pétition lancée par un collectif, Défendons la liberté d’informer sur le secteur agroalimentaire. Les 30 premiers signataires sont des personnalités de la presse, de la recherche, de la cuisine, politiques, syndicales. La bande dessinée d’Inès Léraud sur les algues vertes en Bretagne2 n’a pu être traduite en breton, une maison d’édition régionale s’est rétractée, par peur de perdre les subventions du Conseil régional.

Intimidation, plaintes

Christian Buson, personnage influant dans l’agroalimentaire breton, président de l’Institut technique et scientifique de l’environnement (ISTE), fondé entre autres par les entreprises Lactalis, Daucy et Doux, et surtout connu pour propager des thèses sur les marées vertes favorables au secteur agro­alimentaire, dénigre régulièrement Inès Léraud. En 2019, il a retiré sa plainte en diffamation contre la journaliste, quelques jours avant le procès. Plainte pour l’intimider ?

Procès

Autre personnage dans le collimateur, Jean Chéritel, PDG du groupe Chéritel, grossiste en fruits et légumes. Il a porté plainte contre Inès Léraud, après son enquête « Travail dissimulé, fraude sur les étiquettes : les multiples abus d’un groupe agro-industriel breton » diffusée sur Bastamag en 20193. Ce même ­Chéritel, habitué à attaquer la presse en justice, avait gagné un procès en 2015 contre le Télégramme de Brest qui avait publié un article sur l’emploi illégal de travailleurs bulgares. Mais en 2018, les faits sont reconnus et il est condamné à une amende et à de la prison avec sursis. Procédurier au possible, il a fait appel. Depuis, la presse bretonne ne publie plus rien contre ces agro-industriels si puissants.

Al Capone en Bretagne ?

En 2017, après six mois d’enquête, Inès Léraud dénonce les fraudes massives de Chéritel sur les tomates, et ses méthodes qui tuent les critiques. À noter que son entreprise de 120 salariéEs n’a aucun syndicat. Là encore, Chéritel sera condamné. C’est cette même société qui aujourd’hui vient d’intenter une nouvelle procédure contre Inès Léraud. Rendez-vous au TGI de Paris les 20 et 21 janvier 2021. Le NPA y sera pour soutenir la liberté de la presse et Inès Léraud.

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