Ille-et-Vilaine : la grande misère des soins à domicile pendant le confinement

Florence est aide-soignante au sein de l’Association ASSIA à Chartres-de-Bretagne la plus grande association d’aide et de soin à domicile sur le territoire de Rennes Métropole. Ce secteur est lui aussi gravement impacté par la crise que nous traversons. Florence raconte comment ça se passe pour les salarié.es et les bénéficiaires des services d’aides et de soins à domicile.

Elle relève d’abord qu’il n’a pas été simple de s’organiser face à la soudaineté de la prise de décision du confinement et aux directives de l’ARS (Agence régionale de santé) dont dépend l’association.

Comment s'est passé le travail au début du confinement ?
« Au début du confinement à Chartres, on nous a demandé de réduire à 40 % les prises en charge de patient.es, ça s’est très vite montré inapplicable, les aides soignantes ont négocié avec la hiérarchie pour que ce pourcentage soit revu en fonction des réalités des familles. On ne veut pas prendre le risque d’épuiser les aidants, pour qui cette situation est aussi très anxiogène et fatigante. A l’issue de cette crise, nous craignons de retrouver des patient.es et des familles très affaibli.es et encore plus fragilisé.es. Aujourd’hui nous intervenons chez environ la moitié des personnes âgées et 70 % des personnes handicapées.

« Nos soins sont réduits au strict nécessaire car nous manquons, comme nos collègues des hôpitaux, de matériel de protection. La première semaine du confinement, nous avons travaillé sans masques. Nous avons pu avoir un masque par jour à partir du 23 mars et maintenant nous avons 2 masques par jour. Dans ces conditions, il est par exemple compliqué de permettre à tou.tes les patient.es d’avoir une douche. Un masque humidifié n’est absolument plus efficace. Les premiers jours, le fait que nous n’ayons pas de masque a été très anxiogène, pour les salarié.es mais surtout pour les patient.es fragiles.

« Au niveau de l’organisation du travail comme nos tournées sont réduites, une partie de l’équipe travaille une semaine pendant que le reste de l’équipe constitue une “réserve sanitaire”, appelée en cas de besoin (absence d’une collègue, besoin d’une intervention exceptionnelle…), et ça tourne.

« Pour les personnels en CDI, la situation n’est pas simple mais ce sont les personnels en CDD qui souffrent le plus de cette situation. Ces personnels doivent faire leurs heures contractuelles, ils ne font donc pas partie de la réserve sanitaire, c’est eux qui sont tout le temps au feu. Nous allons bientôt devoir prendre en soin nos premiers patient.es atteint.es du COVID 19, sur la base du volontariat, on attend que les kits de protection soient constitués… ça génère un peu d’anxiété. »

Qu’est ce que tu penses de cette réorganisation ?
« Évidemment on pourra toujours trouver des dysfonctionnements dans la gestion de cette crise au sein de l’association mais honnêtement la direction n’est pas responsable de la situation, elle gère comme tout le monde la pénurie de masques, de gel, de sur-blouses, et les consignes de l’ARS, qui contraint la réorganisation des services. »

Qu’en est-il de vos salaires ?
« A ASSIA les représentants du personnel ont négocié pour que tou.tes les salarié.es touchent leur plein salaire pendant la durée du confinement. La direction a confirmé que ce serait le cas jusqu’au 30 juin, en revanche si la situation devait perdurer il n’y a aucune garantie que ce soit tenable plus longtemps. »

Gérer la pénurie, comme partout...

Le secteur de l’aide et du soin à domicile compte environ 3 millions de salarié.es réparti.es entre des associations de l’économie sociale et solidaires et des entreprises du secteur privé. C’est un secteur discret dont on entend peu parler et pourtant sans ces auxiliaires de vie sociale, ces aides-soignant.es, ces infirmier.es, ces chargé.es de secteurs, pas de maintien à domicile possible pour grand nombre de personnes dépendantes (personnes âgées ou personnes handicapées).
A cause de la pénurie de masques, de gants, de sur-blouses, et de gel hydro-alcoolique, les salarié.es de ce secteur sont exposé.es et exposent des personnes fragilisées au risque de contamination par le COVID 19, ils ne peuvent pas assurer leurs soins dans les conditions assurant la dignité des personnes dont ils ont la charge. Quand c’est possible ce sont les aidants familiaux qui s’épuisent en palliant les manques et quand ce n’est pas possible ; les personnes doivent faire avec...

- Nos vies valent plus que leurs profits ! Du fric pour l’aide et le soin à domicile !
- Du fric pour un maintien à domicile dans la dignité !
- Maintenant, des masques, des sur-blouses, du gel hydro alcoolique pour les salariés de l’aide et du soin à domicile !
- Pour le jour d’après : revalorisation complète du secteur !

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