Ford Blanquefort : nous aussi, nous sommes pour des « solutions originales » !

Le lundi 7 janvier, après 2 semaines de « fermeture » provisoire pour les congés d’hiver, nous retrouvions la route du travail. Enfin, façon de parler, car question « travail » ce n’est pas vraiment ça, l’activité restant très réduite et la motivation n’y étant pas chez la plupart des collègues.

La perspective, pour le moment, c’est l’arrêt total de l’activité, fixé pour le mois d’août. D’ici là, Ford organiserait les départs, préretraites et licenciements volontaires, pour finir par licencier les récalcitrants en septembre prochain. Voilà le programme… si tout se passe normalement. Et nous allons faire en sorte que cela ne se passe pas ainsi.

Impuissance des pouvoirs publics ?

Cela passerait par la non-homologation du PSE qui s’est achevé le 18 décembre dernier. La DIRECCTE a 21 jours à compter de la réception de tous les documents nécessaires. Ford a triché, menti, volé, contourné ses obligations morales et légales, y compris sur la loi Florange concernant la recherche d’un repreneur. Il y a vraiment la possibilité pour la DIRECCTE de refuser de valider le PSE. Un premier test quant à la volonté de l’État de se confronter avec la multinationale.

Ford refuse toujours de vendre son usine, préférant la fermer. Continental, Goodyear, PSA et tant d’autres ont réussi à fermer leurs usines. Pourquoi Ford n’y arriverait pas ? C’est leur usine, ce sont eux les propriétaires alors ils ont le droit de faire ce qu’ils veulent, non ?

Le rapport de forces comme les lois leur sont de plus en plus favorables. C’est si facile aujourd’hui de fermer une entreprise. C’est d’ailleurs tout ce qui fait l’impuissance des pouvoirs publics, une impuissance qu’ils ont fabriquée au fil des années, mais qui les place face à des contradictions.

Nous en avons une illustration avec la colère justifiée du ministre Le Maire ou des élus locaux comme Juppé ou Rousset.

Racheter l’usine ?

Il faut préciser que dans le paysage il y a notre acharnement à défendre nos emplois comme les emplois induits dans la région, à dénoncer le pillage de l’argent public. Dans un contexte de chômage profond, de ras-le-bol et de colère qui s’expriment dans le mouvement des Gilets jaunes, il devient plus difficile pour un gouvernement de laisser faire une nouvelle catastrophe sociale.

Résultat, l’État cherche des solutions qu’il avoue « originales ». L’idée est maintenant de racheter l’usine pour la revendre au repreneur. Ainsi Ford ne serait plus responsable de la suite et pourrait partir tranquille. À charge à l’État d’assurer la transition et les garanties sociales pour les salariéEs.

Mais si Ford refusait toutes les solutions ? N’y a t-il vraiment aucun moyen de contraindre la multinationale ? Pourquoi ne serait-il pas question dès maintenant d’une réquisition, d’autant plus « légale » ou « réaliste » que cette usine est déjà en grande partie publique du fait de toutes les subventions accordées pendant 45 ans.

Qu’est-ce qui empêcherait l’État de voir avec PSA ou Renault pour assurer des coopérations ? Et pourquoi pas prendre la main et réorienter des productions vers des choses utiles, pour répondre à des besoins comme le développement de transports moins polluants et collectifs ?

Nous ne savons pas comment tout cela va évoluer, mais une chose est sûre : il faut sauver cette usine, préserver les emplois concernés dans toute la région.

Philippe Poutou

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