Épidémie et frontières sociales

Henri Wilno

Henri Wilno est membre du groupe de travail économique du NPA et du comité de rédaction de L’Anticapitaliste.

Vous êtes inquiets pour votre santé en ces temps de pandémie ? Rien de plus simple : « Grâce à notre réseau, nous sommes en mesure de transférer votre dossier médical aux hôpitaux, cliniques, centres de traitement du cancer, de vous obtenir un avis médical sur votre pathologie avec les meilleurs praticiens et chirurgiens sous 72 h. » Il suffit d’aller sur le site de Ribau & Garner et d’avoir les moyens de payer. Ribau & Garner, situé à Paris, est ce que l’on appelle un service de conciergerie médicale. Sa première utilité est d’éviter à ceux qui y ont recours (et n’ont pas un professeur de médecine complaisant dans leurs relations) de faire la queue aux urgences des hôpitaux.

Le coronavirus ne connait pas les frontières, ni nationales ni sociales. Mais, comme l’explique le quotidien américain The New York Times du 5 mars dernier, ce serait une erreur de croire que les frontières sociales n’existent pas. Le journal détaille des précautions prises par un certain nombre de riches Américains pour faire face dans les meilleures conditions au coronavirus et s’isoler.
Pour eux, pas question de passer par les urgences, d’où l’augmentation des adhésions aux services de conciergerie médicale. On peut penser que les affaires vont bien aussi pour Ribau & Garner, qui vise d’abord une clientèle internationale.

Des variantes luxueuses de masques et de gels protecteurs sont mises en circulation. Mais ce n’est que broutilles. Les riches ont un autre problème que les urgences : les files d’attente et la promiscuité lors des contrôles de sécurité dans les aéroports. Les chefs d’entreprise abandonnent donc la première classe pour les avions privés. En Floride, la compagnie aérienne Southern Jet a récemment envoyé à ses clients des mails promotionnels intitulés « Évitez le coronavirus en volant à bord de jets privés... Demandez un devis aujourd’hui ! »

Ceux qui peuvent s’éloigner des grandes villes choisissent des lieux isolés. Certains de ceux qui ne le peuvent pas font des provisions de matériel médical, d’oxygène, de nourriture pour de longues périodes et vont parfois jusqu’à équiper leur résidence de pièces isolées qui, dans certains cas, sont de véritables bunkers.

Et toutes ces grandes fortunes se sont gavées des cadeaux fiscaux et autres accordés par Trump (et ses prédécesseurs). Il en est de même en France et dans les autres pays capitalistes. La contrepartie en a été des économies insensées sur les services publics et le système de santé pour le plus grand nombre. Ceux qui tentent de se mettre à part du reste de la société, même par temps d’épidémie, ce sont les super-riches.

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