Derrière le Covid-19, une autre épidémie rôde

L’accès au droit à la santé pour toutes les pathologies autres que le Covid-19 est très fortement perturbé. Les plans blancs dans les hôpitaux et cliniques ont vidé les lits et les blocs, arrêté toute intervention non urgente, pour accueillir les malades du Covid. Dans le même temps, les cabinets médicaux ont vu baisser les consultations de plus de 50 %. Beaucoup de centres d’imagerie sont fermés. Selon les estimations, entre 60 % des infarctus et des accidents vasculaires cérébraux n’ont pas trouvé le chemin des hôpitaux. Ces patientEs arriveront demain avec des pathologies aggravées, plus longues et plus lourdes à traiter, dans des hôpitaux affaiblis, centrés sur le Covid, peut-être de nouveau débordés par une deuxième vague du virus. Et cela à l’orée des vacances, période traditionnelle où, faute de personnels, les hôpitaux sont déjà sur la corde raide. Syndicats et professionnels de santé, alertent « sur les patients hors Covid qui ne doivent pas être oubliés, sous peine d’une tragédie silencieuse » 1. Les patientEs âgés, polypathologiques, les patientEs psychiatriques, les patientEs suivis pour un cancer sont aussi les victimes toutes désignées de cette rupture de soins, notamment pour ceux à évolution rapide comme les cancers de l’ovaire.

La crise de 2008 a provoqué une hausse de la mortalité

Mais cette épidémie silencieuse pourrait être bien plus large qu’un simple retard de prise en charge. Selon la prestigieuse revue médicale The Lancet, la crise financière de 2008 aurait été responsable dans le monde de 500 000 décès supplémentaires par cancer entre 2008 et 2010, en lien avec la hausse du chômage et les coupes budgétaires dans les services de santé. L’étude de l’Imperial College de Londres montre que les difficultés d’accès au soin seraient à la base de cette surmortalité, essentiellement due aux cancers du sein, du colon et de la prostate, curables s’ils sont pris à temps, alors que les cancers le plus souvent mortels, poumon ou pancréas, restaient stables. La plupart des pathologies étaient à la hausse avec la crise de 2008. En Europe, avant 2007, la tendance était au ralentissement de la hausse des suicides, autour de 1 %. Ils ont bondi de plus de 5 % en 2009. Et beaucoup plus pour les pays les plus touchés par la crise, comme la Grèce et l’Irlande, respectivement + 17 % et + 13 %.

Derrière ces chiffres se cachent de fortes inégalités sociales. Les plus pauvres et les plus fragiles tiennent les postes les plus dangereux face au Covid-19, sont plus souvent en surpoids, habitent les zones les moins bien dotées en soins, et sont plus souvent victimes de cancers, diabète, infarctus, dépistés plus tard. Quadruple peine, qu’on lit bien dans la mortalité en explosion en Seine-Saint-Denis, + 63 %, record de France !

La tragédie qui vient

En 2008, il s’agissait d’une crise financière. En 2020, il s’agit de la combinaison d’une crise sanitaire, d’un basculement de millions de personnes dans le chômage, l’insécurité alimentaire et sanitaire, et d’une crise économique majeure, avec une récession généralisée. L’Organisation internationale du travail parle de plus de 400 millions de travailleurEs indiens plongés sous le seuil de pauvreté avec le confinement. L’épidémie Ebola qui a frappé en 2013 Guinée, Sierra Leone et Liberia, n’a pas fait seulement 11 325 décès. Elle a aussi fait chuter les tests HIV de 40 %, reculé la couverture vaccinale avec à la clef une flambée de rougeole, jeté deux millions de personnes en fragilité nutritionnelle, poussé hors du système scolaire de nombreux enfants. Beaucoup de petites filles n’y sont jamais revenues. Le prix du pétrole et des matières premières s’effondre, le FMI annonce la première récession en Afrique depuis 25 ans. Et Macron propose de prendre une partie du Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme (400 000 morts africains chaque année) pour financer la lutte contre le coronavirus ! Médecins du Monde dénonce cette « aide » en forme de détournement. À l’opposé, notre horizon solidaire s’appelle augmentation du niveau des dépenses de santé (lits, personnels, prévention, santé publique…), systèmes de santé gratuits, garantie du droit au travail et au revenu, transfert massif de richesses vers les pays dominés, pouvoir des populations sur leur vie…

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