De l’inégalité parmi les enfants

« Les enfants vivent au même moment dans la même société, mais pas dans le même monde » : cette formule résume les conclusions d’une enquête sur les inégalités parmi les enfants1. Un collectif de chercheurEs a rencontré 35 enfants âgés de 5 à 6 ans et leur entourage familial, dans plusieurs villes de France, entre 2014 et 2018. Les résultats mettent au jour que, dès 5 ou 6 ans, les atouts et les handicaps des enfants sont très inégalement répartis en fonction des classes sociales et ces inégalités vont se traduire dans leurs parcours scolaires. « Puisque les adultes ne sont pas égaux, les enfants ne le seront pas », soulignent les auteurs.

En avril 2019, Macron promettait de s’attaquer aux « inégalités de destin » : « Les vraies inégalités sont les inégalités d’origine, les inégalités de destin, les inégalités à la naissance. […] Les 1 000 premiers jours de vie d’un citoyen français sont décisifs » et annonçait de nouvelles politiques publiques.

Bernard Lahire, dans une interview à l’Humanité, dénonce l’hypocrisie du personnage : « Quand vous détruisez les services publics, quand vous renforcez les inégalités économiques (via les réformes sur le travail, les coupes dans les APL ou la réforme fiscale), tout ce discours sur la pauvreté des enfants relève d’une hypocrisie totale. […] Ce que montrent nos recherches, c’est qu’avant les questions de langage, d’accès à la culture, d’accès aux loisirs, se pose fondamentalement la question de l’accès inégal aux richesses. […] L’inégalité des enfants, c’est fondamentalement une question de répartition des richesses, économiques, culturelles, alimentaires, d’accès à la santé. […] On peut toujours avoir des discours larmoyants sur l’enfance. Mais si on veut les traduire sur le plan politique, ça veut dire qu’on ne peut pas supporter qu’il y ait des ouvriers mal payés ou des gens au chômage considérés comme des paresseux. »

Au-delà, c’est bien la vision du monde de Macron qui est en cause : un monde d’individus où chacun, pourvu qu’il travaille, peut se payer un beau costume et où, d’ailleurs, il suffit de traverser la rue pour trouver du boulot. En fait, c’est la grande majorité de la population qui vit au même moment dans la même société, mais pas dans le même monde que ceux qui décident de leur destin.

Comme le dit l’Internationale, ce monde doit « changer de base », d’abord pour les enfants. 

  • 1. Bernard Lahire (dir.), Enfances de classe. De l’inégalité parmi les enfants, le Seuil, 2019.

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