Conseil départemental de l'Essonne : explosion de colère

Le 15 janvier dernier, s’est tenue à Evry une AG des personnels du conseil départemental du 91. Une AG extraordinaire, inédite, 700 agents territoriaux présents, avec pour la première fois une intersyndicale CGT-CFDT-FO-FAFPT-FSU. Des salariés indignés et en colère se sont exprimés...

Un embrasement de questions, de l’inquiétude et de l’exaspération à cause des restrictions budgétaires, des suppressions de postes (109), de la refonte du régime indemnitaire, de la suppression de la prime d'installation, de la remise en cause du temps de travail... et la liste est encore longue et indigeste. La manifestation qui a suivi l’AG a rassemblé encore plus de monde, 1380 personnes, dont beaucoup n’avaient pu entrer dans la salle de l’AG, trop petite.

Au nom d’une dette cachée

En mars 2015, le conseil départemental est passé à droite et le nouveau président, François Durovray, accuse l’ancien, le socialiste Jérôme Guedj, d'avoir laissé une dette cachée, non recensée dans les comptes, de 108 millions d’euros de factures impayées à quelque 600 établissements médico-sociaux (personnes âgées/adultes handicapés) et associations de la protection de l'enfance. Du jamais vu en France !

Cependant, le Préfet de l’Essonne a une version un tantinet différente de l'affaire. Il explique que le contrôle de sincérité n'a décelé aucune anomalie majeure et qu'en l'absence d'un audit approfondi, il ne mettra pas le conseil départemental de l'Essonne sous tutelle, ce qui aurait entraîné pour les salariés entre autres l'annulation du versement de toutes les primes.

Au nom de cette dette cachée –dont jusqu’à présent aucune institution n’a confirmé l’existence-, Durovray lance une grande offensive destinée à faire des économies. Il a déjà commencé à faire des coupes dans tous les services sociaux, services à domicile, allocation personnalisée d'autonomie et prestation de compensation du handicap. En s'attaquant à ces aides et ces subventions, il s'attaque non seulement à la couche la plus fragile de la population mais également aux services qui les dispensent. Un agent dans le social voit des centaines de personnes par jour pour qui le service social est souvent le dernier recours. Mais les budgets sont coupés. Que dire à une mère à la rue avec ses enfants ? Qu'on ne fera rien pour elle ? Comment se sent l'agent impuissant devant cette femme qui pleure ?

Bientôt, tous les services seront touchés : culture, sports, déplacements... Certaines compétences seront transférées à d'autres entités, publiques ou pas. Mais que deviennent les agents qui sont derrières ces compétences et ces métiers ?

« Calomniez, calomniez, il en restera toujours quelque chose » Voltaire

Et bien ils ont peur et ils sont en colère. Ils apprennent un matin qu'ils ne doivent plus rien faire car il faut faire des économies. Les bruits de couloirs vont bon train qui leur paraissent incroyables : suppression des primes, suppression des heures sup, suppression de jours de congés, réorganisation totale des services. Mais également sur les dépenses des Élus et Présidents du passé et du présent, lesquels gagnent plusieurs fois le salaire des agents, et cumulent les avantages en nature (voiture, chauffeur, déjeuners et dîners, hôtels…)

Cerise sur le gâteau, les calomnies contre les agents. Alors que Durovray veut augmenter leur temps de travail de 65 heures par an, une conseillère régionale, Marianne Duranton, écrit sur sa page Facebook : « Que pensent les salariés qui habitent en Essonne et travaillent à Paris, se « tapent » tous les jours 3 heures de transports minimum et qui travaillent pour beaucoup 39 heures payés 35 ? Est ce qu’il n’y a pas une certaine INDECENCE à manifester et à se plaindre quand on travaille 30 heures payées 35 ? »

Un mépris insupportable pour toutes celles et tous ceux qui dépassent régulièrement leurs horaires de travail dans les services sociaux et qui n’a fait qu’augmenter la colère.

A suivre… D’autres réunions du personnel sont prévues pour décider de quoi faire.

Correspondant

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