Congrès de la CFDT : tensions entre deux réalités

Le 49e congrès de la CFDT, qui s’est tenu du 4 au 8 juin, a vu les déléguéEs voter à plus de 83% le rapport d’activité et reconduire le mandat de l’équipe dirigeante. Mais malgré une appréciation quantitative favorable à la politique menée par le syndicat, de nombreuses voix se sont élevées, lors des interventions des syndicats ou de discussions informelles, pour désapprouver cette orientation.

Laurent Berger n’en espérait pas tant au vu des interventions assez virulentes les premiers jours, certainEs n’hésitant pas à réclamer une « deuxième déconfessionnalisation » en reprochant au syndicat une trop grande proximité avec la République en marche. Les critiques ont surtout porté sur le peu de combativité et la passivité (voire la bienveillance) de la Confédération face aux lois travail et ordonnances Macron. «Il est temps de durcir le ton » pour la déléguée du syndicat Services de Picardie. Les militantEs, peu entendus habituellement, ont exprimé leur colère et leur désarroi face aux nouvelles réglementations qui, au-delà des reculs sociaux, vont réduire drastiquement leurs moyens d’actions.

Laurent Berger moralisateur et culpabilisant

Mais le monde de la CFDT est ainsi fait que ce mécontentement ne s’est finalement que peu exprimé dans les votes. La technique est rodée : Laurent Berger fait figure d’autorité et utilise volontiers un ton moralisateur et culpabilisant. Après avoir balayé les critiques légitimes, il déclare faire « confiance » aux déléguéEs pour envoyer « un message fort sur la force et la cohérence de la CFDT » face aux détracteurs de tous bords, en leur demandant de voter massivement pour le rapport d’activité.

Le macronisme, qui remet en cause et montre les limites du « dialogue social » cher à la CFDT, a mis en évidence les divisions internes. C’est pourtant avec lui que le syndicat réformiste, qui agite l’épouvantail du révolutionnaire, du communiste, ou du cégétiste cherchant à défaire le gouvernement, doit composer. Rappelant à de nombreuses reprises sa première place dans le privé, qui légitimerait sa méthode, Berger affiche son ambition d’en faire le premier syndicat dans le public aux prochaines élections professionnelles.

« Ce n’est pas moi qui ai changé, c’est la CFDT »

Le « recentrage » de 1978 a progressivement transformé la CFDT en une grande entreprise de la start-up nation, qui fixe des objectifs chiffrés à ses militantEs (+ 10 % d’adhésions en 4 ans), récompense les plus méritants lors de remise de prix « Challenge développement » et qui cible les « jeunes », leur proposant notamment des « réponses à la carte ».

Des syndicats résistent, certains d’entre eux ont manifesté au côté des autres organisations syndicales, contre la directive de la centrale. Des militantEs affichent leurs convictions en présence des journalistes. Ainsi, André explique, lorsqu’on lui demande pourquoi il est toujours à la CFDT : « Parce que j’y tiens. Ce n’est pas moi qui ai changé, c’est la CFDT, elle n’était pas comme ça quand j’y suis entré. Ils ne m’en feront pas partir et je ferai ce que je peux pour continuer à m’y faire entendre et tenter de la faire changer. Et je ne suis pas le seul, même si nous ne sommes que la base, comme dirait Marylise Léon1 ».

Les prochaines réformes annoncées, en particulier celle de la fonction publique et des retraites, risquent de mettre de nouveau à l’épreuve la confédération, et de provoquer des remous au sein de la base, exacerbant les tensions entre ces deux réalités.

Correspondante

  • 1. Nouvellement élue secrétaire générale adjointe et pressentie pour prendre la relève de Laurent Berger.

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