Confiner la répression

Le 1er Mai avait déjà sonné comme un rappel : ce jour-là, à Montreuil, la police, avec des dizaines de cars, avait nassé et contrôlé des dizaines de manifestantEs et même les membres de la brigade de solidarité populaire qui distribuait de la nourriture gratuitement ; dans les 18e et 20e arrondissements parisiens, les timides rassemblements avaient été empêchés par un déploiement policier disproportionné, les identités des manifestantEs relevées, donnant lieu ensuite à une pluie d’amendes… Le lundi 11 mai, la chaîne humaine contre les violences policières à L’Île-Saint-Denis (93) n’a pas pu avoir lieu, au vu de l’intervention policière massive pour l’en empêcher. Dernier épisode (mais il va y en avoir d’autres, n’en doutons pas), la mise en garde à vue pour « rébellion » samedi dernier à Strasbourg d’un militant du NPA pourtant tout à fait pacifique, coupable sans doute d’être présent à un rassemblement avec une pancarte revendicative…

Tout cela n’est que le sommet d’un iceberg qui est donc là pour nous rappeler que l’état d’urgence prétendument sanitaire décrété par Macron et son gouvernement, et prolongé jusqu’au 23 juillet, est avant tout un état d’urgence tout court : la volonté d’un contrôle généralisé au nom du risque sanitaire, par un renforcement de la présence policière et le redéploiement de toute une panoplie de dispositifs de surveillance déjà connus (vidéosurveillance et drones) comme nouveaux (concernant par exemple le « tracking »). Et les 20,7 millions de contrôles effectué par les « forces de l’ordre » ces deux derniers mois, les plus d’un million de contraventions dressées (essentiellement pour défaut d’attestation de déplacement...), préparent les esprits à la mise en place progressive d’un ordre où les libertés publiques – à commencer par celle de circuler – peuvent être remise en cause si on laisse faire le gouvernement.

Et Castaner de s’en féliciter : dans la suite du mouvement des Gilets jaunes qui a été l’occasion pour le pouvoir de franchir un palier dans la gestion ultra-autoritaire des crises sociales, la période du confinement, la prétendue application de ses règles strictes, a ouvert la voie à la multiplication des cas de violences policières, en particulier dans les quartiers populaires.

« Ordre public », ordre politique, ordre social… C’est à nous de les confiner !

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