CheminotEs, étudiantEs, salariéEs du privé et du public : même Macron, même combat

Comme prévu, la situation sociale s’est accélérée dans la foulée de la grève du 22 mars. Mais les impulsions syndicales restent bien trop faibles pour construire le niveau d’affrontement nécessaire contre ce gouvernement et le patronat.

La lutte des classes en France est bien vivante et la classe dominante ne reste pas inactive face aux mobilisations sociales. Même s’il n’y a pas de rapport direct, c’est bien le 22 mars que le ministère du Travail a choisi pour autoriser le licenciement de notre camarade postier Gaël Quirante. Ce même jour, à Montpellier, des hommes cagoulés, en particulier des professeurs de droit, avec au minimum la complicité du doyen de la faculté Philippe Pétel, ont attaqué les étudiantEs mobilisés, à coups de barres en bois et de tasers. Ces violences font suite à l’attaque policière à l’université de Bordeaux le 6 mars et ont précédé de nouvelles agressions de l’extrême droite contre les étudiantEs mobilisés à Lille lundi 27 mars ou contre le lycée autogéré à Paris.

Bien que Macron soit moins loquace à ce propos qu’un Sarkozy ou un Valls, l’utilisation de la violence fasciste, policière et de la répression antisyndicale fait donc officiellement partie de l’arsenal disponible pour faire reculer le monde du travail et la jeunesse.

Mobilisation à la base…

Ces violences ont provoqué une réaction dans plusieurs universités, qui ont retrouvé des effectifs conséquents en assemblée générale, avec 800 participantEs à Paris 1, 2 000 à Toulouse Le Mirail et 2 500 à Montpellier, et des motions de soutien dans de nombreux établissements.

La question clé demeure la construction d’une mobilisation de masse contre ce gouvernement, qui fasse le lien entre la défense des services publics (les postes, les privatisations…) et les statuts des travailleurEs (fonctionnaires, cheminotEs, salariéEs du privé attaqués par la mise en œuvre de la loi travail…). La défense du bac et la lutte contre la sélection dans les universités doivent être comprises de ce point de vue : la défense de l’accès aux diplômes, comme garanties collectives pour les futurs salariéEs que sont les étudiantEs.

Les mobilisations restent trop faibles, mais elles existent : dans les hôpitaux, avec plusieurs dizaines de sites où il existe des conflits ; à Air France où les grèves des 22 février et 23 mars sur les salaires seront suivies d’une grève le 30 mars et les 3 et 7 avril ; à la SNCF bien sûr, avec la grève dite « loto » à partir du 3 avril. La situation dans l’éducation est dramatique avec les pénuries de postes, renforcées par le dédoublement des classes de CP et CE1, et une réforme de l’éducation qui vise à décupler le recrutement de précaires.

… et freinages syndicaux

Et pourtant, l’intersyndicale n’a réussi à se mettre d’accord que sur une journée de grève interprofessionnelle aussi lointaine que le 19 avril, lorsque deux zones, notamment Paris, sont en vacances. Et pourtant, l’inter­syndicale fonction publique n’appelle à rien d’ici là alors que l’attaque de CAP 22 met en péril l’existence même de la fonction publique…

Heureusement, il y a également de bonnes nouvelles : à Air France, mais aussi dans les finances publiques à Paris avec une grève le 3 avril, et dans la collecte et le traitement des déchets où la CGT appelle à la grève reconductible à partir de cette date.

Du côté des cheminotEs, la colère est énorme, comme l’ont révélé la réussite de la grève et de la manifestation du 22 mars, pourtant appelée seulement par Sud Rail, et l’ampleur des AG dans les gares. La victoire des travailleurEs sans-papiers d’Île-de-France est quant à elle le signe qu’il est possible de faire reculer ce gouvernement.

Faire de la politique pour gagner

La modalité d’organisation de la grève à la SNCF, de deux jours sur cinq, fait grincer des dents, car elle est en-deçà de la nécessité d’une grève reconductible. De même, la date du 19 avril est bien lointaine… d’autant que FO refuse d’y participer. Mais ces coups de frein ne sont pas réellement nouveaux, et pour les révolutionnaires, la question est de savoir ce qu’ils et elles peuvent faire pour modifier le rapport de forces en faveur du monde du travail.

C’est ce que nous avons fait en interpellant les autres courants de gauche pour une campagne unitaire d’opposition au gouvernement et de soutien à la grève. Il nous reste à décliner cette campagne sur le plan local, pour mettre en mouvement les classes populaires. C’est ce que nous faisons également en défendant bien sûr la grève reconductible et des manifestations de masse, unitaires et unifiant les différents secteurs, mais surtout en convaincant autour de nous de la nécessité d’un « touTEs ensemble ». Cette nécessité repose sur la similitude des attaques dans les différents secteurs, sur la possibilité de gagner davantage quand on se bat au même moment, et sur la nécessité de construire une opposition politique contre Macron, c’est-à-dire une intervention politique du prolétariat sur la scène nationale, sa constitution en classe active.

Un élément clé dans cette équation sera l’action du secteur privé. À partir des négociations annuelles obligatoires, à partir de la mobilisation contre les licenciements, des possibilités existent. C’est pourquoi la lutte à Ford (voir page 8), animée notamment par notre camarade Philippe Poutou, revêt une grande importance dans la situation : elle peut contribuer à poser la question de l’entrée dans la bataille de ­millions de travailleurEs.

Antoine Larrache

 

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