CGT : Pourquoi tant de haine ?

Depuis le démarrage de la mobilisation contre la loi travail, gouvernement, patronat et médias aux ordres ont engagé une virulente campagne contre la CGT.

Dans ses dernières sorties, Gattaz dénonce la CGT qui« dérive », « se radicalise », « se politise », exerçant une «dictature stalinienne »... Pour le patron des patrons, « le sigle CGT est égal à chômage ». La violence des mots ne fait que souligner la haine d’un patronat, fort du soutien du gouvernement, contre les travailleurEs, surtout quand ils/elles refusent les reculs sociaux.

Une ou des CGT ?

Une des caractéristiques dans les attaques gouvernement-patronat est de faire comme si la CGT était d’une totale homogénéité derrière Philippe Martinez qu’ils se plaisent à désigner comme le « patron » de la CGT.
Pourtant, l’histoire et même la préhistoire (Charte d’Amiens) ont façonné une confédération traversée par des courants, des comportements, très différents. L’effondrement politique et organisationnel du PCF, en retirant la colonne vertébrale de la CGT, a accentué ces disparités. Le fait que la réorganisation de la confédération – visant à réduire drastiquement le nombre de fédérations, liquider les UL et mettre les UD sous contrôle des régions – soit toujours repoussée depuis 2004 atteste de la volonté de ces structures de garder la main sur leurs stratégies.

Il apparaît d’ailleurs clairement que ce sont certaines fédérations, certaines UD et de nombreuses UL qui portent au plus haut et au plus fort l’actuelle mobilisation. Et il faut bien constater que l’engagement de la CGT SNCF est bien éloigné de celui de la fédération de la chimie ou de multiples syndicats d’entreprises.

Prendre ses responsabilités

L’engagement des UD et des UL est en partie une réponse aux difficultés de mobilisation dans les entreprises, notamment dans le privé, et à la volonté de certains syndicats de s’inscrire dans une mobilisation interprofessionnelle, en refusant d’être l’avant-garde... d’une illusoire grève par procuration (cf. interview de Thierry Defresne, délégué syndical CGT chez Total dans l’Anticapitaliste n°338).
Mais c’est aussi une réponse aux tergiversations de l’intersyndicale qui, depuis le 9 mars, accompagne autant qu’elle initie les mobilisations. La justification de cet attentisme est d’abord la difficulté, réelle, à mobiliser largement au-delà des équipes militantes et d’une frange de salariéEs convaincus et décidés à se battre jusqu’au bout.

Parmi les raisons, les reculs et défaites enregistrés depuis plus d'une dizaine d'années, dont les positionnements de la CFDT et de ses alliées sont à la fois cause et conséquence, sans que, au moins pour la CFDT, elle n’en paie l’addition en termes d’audience électorale ou sur le terrain. Et donc une justification, pour la direction confédérale CGT et même pour Solidaires, du maintien d’un cadre unitaire. On sait bien que la remise des décisions « à la base » par les salariéEs, eux/elles-mêmes, comme l’expression « syndiqué-­acteur-décideur » ne sont le plus souvent qu’un refus de prise de responsabilité au « sommet »...

Au moment où les bruits s’enflent sur des reculs possibles de la direction confédérale CGT concernant l’exigence du retrait du texte, l’élargissement de la mobilisation, de la grève, constitue la seule parade. Pour répondre à un Hollande qui veut clarifier « entre deux syndicalismes, un syndicalisme de contestation ou un syndicalisme de responsabilité », notre capacité à renverser le rapport de forces, à gagner, pèsera de tout son poids pour que la clarification se fasse du bon côté de la barrière de classe.

Robert Pelletier

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