Bien-être au travail et foutage de gueule

Le Parisien du 18 février a publié un gros article intitulé « Les 10 commandements du bien-être au travail ». Il commence ainsi : « Un salarié qui se sent bien dans son bureau, son poste, sa tête, son corps et avec ses collègues est forcément plus motivé et performant. Les entreprises l’ont bien compris. » Et ça continue : « Le salaire, le poste ou un titre ne suffisent plus à l’épanouissement des collaborateurs. » Dans le monde réel, il serait déjà bien d’avoir un salaire correct et un contrat stable. Mais poursuivons cette lecture instructive.

Suivent en effet dans l’article 10 « commandements du bien-être ». Voici les deux premiers : « Bien installé, tu seras » ; « De bonnes postures, tu adopteras ». Comme si tout cela dépendait des travailleurEs, comme si celles-ci et ceux-ci fixaient la façon dont sont agencés les postes de travail, comme si ils et elles décidaient des rythmes de travail, des cadences ou de la pression des clients ; de tout ce qui oblige, pour faire face à ce qu’on leur demande, à aller au plus vite, à adopter des postures qui provoquent des troubles musculo-squelettiques ou font prendre des risques de lésions diverses, etc. Surtout lorsque l’on est intérimaire…

Et, plus tard, le 6e commandement : « Du sens à ton métier, tu donneras ». Toutes les enquêtes auprès des salariéEs (y compris celles menées par le ministère du Travail) montrent que la plupart d’entre elles et eux cherchent à accomplir correctement leur tâche et, qu’au contraire, être placé dans des conditions où on ne peut pas travailler correctement entraine une souffrance qui peut se traduire par des troubles tant psychiques que physiques. Et c’est vrai, notamment pour celles et ceux qui sont au contact d’usagerEs eux-mêmes en difficulté : il suffit d’interroger les infirmières et les salariéEs des Ephad. Comme le dit une salariée d’un Ephad citée par l’Humanité : « Expliquer qu’il faut soigner toujours plus de personnes avec de moins en moins de moyens, cela se nomme des injonctions contradictoires. C’est juste pas possible ! » Et beaucoup de travailleurEs (y compris des artisanEs et des paysanEs) sont soumis d’une façon ou d’une autre à des injonctions contradictoires !

Que leur patron soit privé ou public, nombre de salariéEs se retrouvent aujourd’hui dans des situations qui les mettent en péril. Des articles tels que celui du Parisien ne sont que la pure propagande : un peu de pommade dans un contexte où les Macron et consorts ne visent qu’à démanteler ce qui reste de protection des salariéEs.  

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