Affaire(s) Ghosn : l’opacité jusqu’au bout

Même au sujet des conditions de son départ de Renault, il sera décidément le symbole de l’avidité capitaliste. Carlos Ghosn, qui vient de démissionner de son poste de PDG du groupe, serait en train de négocier des indemnités de départ pouvant s’élever à 30 millions d’euros.

Pour succéder à Carlos Ghosn au poste de président de Renault, c’est l’ancien PDG de Michelin, Jean-Dominique Sénard, qui a été choisi. 

PDG déchu cherche successeur immaculé (ou presque)

Un « patron très social » d’après le Figaro (dont les exigences à ce sujet sont très aiguës), un « social-­macroniste » selon le Monde, désigné « gendre idéal du CAC 40 » par le Point… Imaginez-vous, cet humaniste se serait battu à la tête de Pechiney pour qu’il n’y ait « que » des centaines de suppressions d’emplois après la fusion avec Alcan. En 2017, il annonçait 1 500 suppressions de postes chez Michelin en France, mais c’était sans licenciements bien sûr !

Alors, si la Croix le définit comme un « industriel de conviction », c’est peut-être plus en raison de son implication dans la « Réunion de la noblesse pontificale » (association regroupant les descendants en ligne masculine, dont il est, des nobles ayant reçu leur titre du Vatican) que pour autre chose.

Chargé par le gouvernement de superviser les agissements de la direction exécutive de Renault dans les négociations visiblement tendues avec Nissan, le nouveau président doit aussi gérer les suites des scandales de l’ex-PDG. 

Une indécence sans bornes

Les salariéEs du constructeur pourraient en effet piquer une colère… rouge, si les informations sur les indemnités de départ de Carlos Ghosn se confirment. La presse parle de 30 millions d’euros. L’indécence des grands patrons est, elle aussi, sans limites ! Et ce ne n’est pas la présence de représentants de l’État au Conseil d’administration de Renault qui garantira les intérêts des travailleurEs. Ils ne s’étaient pas opposés à la création d’une obscure structure Renault-Nissan à Amsterdam, tout comme le gouvernement n’avait rien eu à dire sur la résidence fiscale de Ghosn aux Pays-Bas depuis 2012.

Le ministre de l’Économie Bruno Le Maire a beau faire les gros yeux aux PDG des grandes entreprises en exigeant de leur part du « patriotisme fiscal », il ne trompe personne. Au sujet des indemnités record de Ghosn, seule la crainte de réactions ouvrières à la succession de scandales pourrait les amener à négocier à la baisse le pactole de l’ancien patron.

Pour exercer un véritable contrôle sur les capitalistes, il ne faut pas s’en remettre au gouvernement qui est à leur service. Il faut imposer l’ouverture des livres de comptes des entreprises. Et après tout, qui fait ces comptes, qui classe les dossiers, qui est employé dans la banque, à voir passer chaque jours sous ses yeux ou sur ses écrans les sous de ceux qui en ont bien trop ? Si ce n’est des salariéEs, des prolos comme nous. Alors contrôler, rendre publics les comptes des patrons, pourquoi pas ?

Correspondant 

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