51e Congrès de la CGT : Des enjeux décisifs

Une année après les turbulences déclenchées par l’affaire Lepaon, la direction confédérale de la CGT et singulièrement Philippe Martinez reconduit au poste de secrétaire général ont réussi le tour de force de rassembler, au moins dans la composition de la Commission exécutive confédérale (élue avec 91 % des voix), un congrès où la contestation s’est affirmée, approuvant le rapport d’orientation avec seulement 62,77 % des voix...

Continuité contre actualité

Par bien des aspects, ce 51e congrès s’inscrit dans la tradition CGT : 78 % des déléguéEs présents pour la première fois à un congrès confédéral ; un décompte des voix ne prenant pas en compte les abstentions ; des commissions des mandats, des amendements et surtout des candidatures et de rédaction de l’Appel du congrès très contrôlées, voir verrouillées, comme l’avait d’ailleurs été les «élections » des mandatéEs, avec une double « validation » (fédération/UD) permettant de filtrer au maximum les délégations. Toujours dans la tradition, un document d’orientation mal construit, flou, rendant extrêmement difficile le débat dans les syndicats et dans le congrès. On peut enfin ajouter que même le grand nombre d’interventions critiques fait maintenant aussi partie des traditions des congrès CGT...

L’originalité fut imposée par la mobilisation contre la loi travail. La posture relativement combative de l’introduction de Martinez eut un double effet. Un certain désarmement des critiques envers la mollesse de l’orientation confédérale, et le déclenchement d’un discours des médias dénonçant le gauchissement et le raidissement de la CGT, avec une instrumentalisation de l’affiche dénonçant les violences policières (voir article en page 4). Sur le fond, l’intervention introduisait deux des questions qui ont traversé le congrès : la construction de la mobilisation et la tactique unitaire.

Sur la construction de la mobilisation, la discussion s’est concentrée sur l’Appel du congrès qui rend compte, tant bien que mal, de l’exigence d’une dénonciation virulente du gouvernement et tente de formuler de la façon la plus pertinente l’appel à la grève générale pour le 28 avril et la question de la reconduction. La combinaison de la réactivation du sentiment de « forteresse assiégée » et les difficultés bien réelles à porter la mobilisation au niveau exigé par la violence des attaques gouvernement-­patronat ont contribué à tempérer les ­ardeurs de celles et ceux qui s’opposaient à la ligne confédérale. Un débat trop heurté pour aborder les vraies questions d’évaluation de l’état de la mobilisation et de la capacité réelle des équipes syndicales à mobiliser plus largement.

Des débats non réglés

Le débat sur la tactique unitaire s’est concentré sur les rapports avec la CFDT, évacuant les discussions sur les rapports aux partis politiques et associations posés par les collectifs unitaires comme le Collectif 3A et ses déclinaisons locales et plus généralement sur la place que pourrait prendre le syndicalisme, le mouvement social, dans la construction d’une alternative politique. Au total une confusion qui ne débouchera même pas sur la mise au rencard du « syndicalisme rassemblé » pourtant évoquée par le secrétaire général et violemment dénoncé, ni sur un retour critique portant sur le soutien au Programme commun de gouvernement des années 1970...

Dans les questions qui fâchent, l’affaire Lepaon a laissé des séquelles sensibles, tant dans les débats sur la démocratie que sur les questions financières. Le congrès n’est pas allé au bout des débats, les questions financières restant un point aveugle, tant sur la place des cotisations dans le financement que des rapports aux CE, aux organisations « amies ». Des questions qui vont bien au-delà de l’affaire Lepaon et qui expliquent les zigzags de la direction.

De même, le refus, tant dans le document d’orientation que dans le déroulement du congrès, singulièrement en refusant la parole aux Goodyear, de prendre en compte la répression, la criminalisation du mouvement social et notamment syndical, est une faute politique dont les conséquences peuvent être lourdes dans ce contexte de « guerre sociale » mis en scène par le pouvoir.

L’enjeu essentiel de la loi travail

Au total, les prochaines semaines seront l’occasion de vérifier si l’orientation votée permettra de répondre aux échéances, aux exigences de la mobilisation, si elle permettra de combler l’écart entre la volonté d’une grande partie des équipes syndicales d’affronter jusqu’à la victoire le gouvernement et une majorité de salariéEs encore dans l’expectative.

L’autre enjeu est celui des prochaines échéances électorales dans lesquelles se jouera l’enjeu symbolique de la première place dans la hiérarchie des organisations syndicales.

L’Appel du congrès, tout en étant porteur d’ambiguïtés, peut être compris comme un engagement à construire la mobilisation. Un succès rebattrait les cartes tant du point de vue du rapport de forces global qu’en interne de la confédération. Un échec serait lourd de conséquences sur les deux tableaux...

Robert Pelletier

Pour celles et ceux qui veulent prendre connaissance du déroulement du congrès, le site de la CGT propose les enregistrements de presque toutes les séances.

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