5 décembre et après : touTEs les profs détestent la réforme des retraites !

Historique. Une vague énorme. Du jamais vu depuis 2003. Les qualificatifs employés à propos de la mobilisation chez les personnels de l’Éducation jeudi dernier témoignent de son ampleur. Et les chiffres le confirment largement : sur les 2 millions de grévistes du 5 décembre, 700 000 relèvent de l’Éducation Nationale. Les taux de grève atteignent 75% dans le second degré et 70% dans le premier degré, avec 4 écoles sur 10 fermées.

Ce qui n’a pas manqué de donner des sueurs froides à Jean-Michel Blanquer, qui s’étonnait mercredi qu’à Paris seules 3 écoles (sur 652 !) soient en mesure d’assurer l’accueil des élèves. « C’est une grève » lui ont rétorqué les enseignantEs, toujours bienveillantEs et pédagogues.

Que ce soit dans les départements où la culture militante est restée très vivace comme le 93 ou le 94, ou au contraire là où l’habitude de faire grève s’était émoussée ces dernières années, la mobilisation des personnels a été massive et inédite. Autant de collèges et de lycées fermés faute de cours assurés, cela n’était plus arrivé depuis des années, même lors des mobilisations importantes qui avaient suivi la réforme du collège ou celle, l’année dernière, du lycée.

Et ce qui est peut-être encore plus notable, c’est que ce mouvement s’est inscrit dans une perspective de reconduction. Le vendredi 6, dans de nombreux établissements, la grève a été reconduite avec des taux à peine inférieurs à la veille. Des discussions sont en cours pour le lundi 9 et faire ainsi le pont avec la nouvelle grande journée de grève à l’appel des syndicats, mardi 10.

Annonces de Blanquer : les calculs sont pas bons

Face à cette mobilisation monstre, le gouvernement et Jean-Michel Blanquer paniquent quelque peu. Certes, dans un premier temps celui-ci s’est laissé aller à son mépris habituel, en osant dire que « Certains vont faire grève parce qu’ils ne comprennent pas tout. »

Mais il a ensuite changé de cap et opté pour une stratégie beaucoup plus conciliante en envoyant une lettre par mail à touTEs les enseignantEs, mardi, à deux jours de la grève, pour tenter de les rassurer à grand renfort de mensonges et de promesses farfelues qu’il sera bien incapable de tenir.

En particulier, la grande annonce c’est que pour compenser les différences de pensions entre l’ancien et le nouveau système, le gouvernement va augmenter les salaires des enseignantEs. En fait, lorsqu’on fait le calcul, on voit qu’il faudrait pour cela un salaire moyen de plus de 4300 euros mensuels, soit une augmentation de plus de 1000 euros par mois. Comment croire qu’un gouvernement qui maintient le gel du point d’indice depuis des années serait disposé à cela ? Et notamment lorsque l’on sait que le budget prévu pour débloquer les salaires des profs est de l’ordre de 500 millions, ce qui, rapporté aux 871 000 d’enseignantEs, correspond à 48 euros de plus par mois...

La réalité, c’est que les promesses de Blanquer ne sont qu’une duperie de plus, et que les enseignantEs devront se battre pour gagner une vraie revalorisation de leurs salaires, et aussi contre la réforme des retraites qui leur ferait perdre quoi qu’il arrive 800 euros en moyenne par mois.

Une mobilisation prometteuse qu’il faut continuer à construire

La mobilisation qui a commencé le 5 décembre ouvre des possibles que nous espérions depuis longtemps. Elle doit continuer à s’organiser et à se renforcer autour des AG locales, qui sont le lieu où l’on peut retisser du lien entre collègues, avec les parents, avec les autres secteurs. Mais aussi avec la jeunesse, étudiantEs et lycéenNEs, qui sont aussi directement viséEs par la politique de Macron et qui ont toutes les raisons de rejoindre cette lutte.

En systématisant partout les « grèves marchantes » on arrivera à convaincre encore plus de monde de rejoindre la mobilisation, le mardi 10 qui doit être une journée encore plus forte que le 5, le mercredi 11 dans les manifestations départementales comme dans le 93 ou le 94, le 12, le 13 et tous les jours jusqu’au retrait de la réforme des retraites, jusqu’à défaire Blanquer et Macron et imposer enfin un autre rapport de force.

Raphaël Alberto

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