SNCF : « On lâche rien »

La tendance que nous avons soulignée dans le précédent numéro de l’Anticapitaliste se confirme : la grève des cheminotEs s’enracine. Elle s’élargit même ici où là et, surtout, gagne en détermination. 

Évidemment, calendrier syndical oblige, le vendredi 13 avril qui était la première journée d’une nouvelle séquence de deux jours de grève a connu des AG plus nombreuses que le lendemain. L’affluence tombe généralement de moitié, du premier jour au deuxième, les responsables de la CGT étant les premiers à ne pas encourager aux AG du deuxième jour... à quoi bon, puisque le calendrier est fixé ? Le mouvement a peut-être connu une légère baisse du nombre de grévistes par rapport aux séquences précédentes, mais il connaît de grandes disparités locales, et des collègues ont avoué cette fois avoir eu des réticences à gêner les départs en vacances.

Un mouvement qui tient

Dans l’ensemble donc, les cheminotEs sont dans un mouvement qui tient. Du côté des responsables syndicaux, il n’y a pas d’interventions, jusqu’à présent, en AG, pour laisser entendre qu’il y aurait matière à négocier. Certes, les leaders de la CGT et de la CFDT ne cessent de réclamer de « vraies négociations »... mais négocier quoi, puisqu’il s’agit d’arracher le retrait du pacte ferroviaire ? Sans parler d’une amélioration des salaires et des conditions de travail pourries par le manque cruel d’effectifs. Il est certain que si le gouvernement, la direction de la SNCF et les responsables des fédérations cheminotes se rencontrent, des heures durant disent-ils, ce n’est certainement pas pour ne rien se dire. Mais les cheminotEs grévistes ne sont pas informés. Est-il question, par exemple, de ce deal qu’a évoqué Macron d’une reprise par l’État d’une partie de la dette, contre la promesse d’une « bonne » convention collective du rail... incluant pourtant l’abandon de l’embauche au statut pour les nouveaux venus et autres scélératesses ? Rien ne filtre en AG de ces prétendues « avancées » dont parle à demi-mot Laurent Berger devant les médias.

Au total, quelques 50 000 cheminotEs, dont 13 000 conducteurEs, sont installés dans la grève. Ce qui est énorme. La grande majorité dans le cadre du « calendrier syndical » de 2 jours sur 5, et une minorité non négligeable dans une grève reconductible. Cette minorité, entre autres à la gare du Nord, de l’Est et Saint-Lazare à Paris, en profite pour militer en faveur d’une vraie grève, par l’animation de comités de mobilisation, par des tournées auprès des collègues, par la diffusion de tracts et autres actions en direction d’autres catégories de la population.

Solidarités et convergences

La semaine a été marquée par un grand nombre d’initiatives et d’actions menées par les grévistes du rail en direction des usagerEs (sur des marchés ou à des péages d’autoroutes), à la rencontre d’autres salariéEs (postierEs ou RATP). Des rendez-vous politico-festifs aussi, entre cheminotEs et population, comme sur le terre-plein de la gare de Strasbourg. À Saint-Lazare le samedi 14, une cinquantaine de militants du Front social ont apporté leur soutien à l’AG cheminote. Ailleurs, ce sont des interventions de soutien de militantEs du PC, de la FI et bien sûr du NPA. À cela s’ajoute la convergence entre la lutte des cheminotEs et celle d’une partie de la jeunesse scolarisée. « ÉtudiantEs, cheminotEs, touTEs ensemble » : ce n’est pas qu’un slogan. Dans la région parisienne, des cheminotEs se sont rendus à plusieurs reprises, dans les facs de Tolbiac, Nanterre ou Saint-Denis. À la rescousse des étudiantEs menacés par les flics. Dans l’autre sens, des étudiantEs – certes encouragés par les militantEs du secteur jeunes du NPA –, ont organisé des « déambulations » en direction des gares, dont une qui a rassemblé près de 150 étudiantEs à Paris Saint-Lazare le 12 avril. Ces rencontres militantes existent dans tout le pays.

Le mouvement étudiant continue à monter dans les facs. L’émotion grandit face aux brutalités policières, dont celles commises à NDDL. La manifestation de Marseille du 14 avril est apparue comme un succès. On peut donc s’attendre à ce que rien ne retombe chez les cheminotEs pour la prochaine séquence les 18 et 19 avril. Sans compter que le 19 avril est le prochain grand rendez-vous des colères, en grève et dans la rue.

Stella Monnot

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