À la SNCF, la lutte continue !

À l’occasion de la « journée sans cheminotEs » du 14 mai, qui a rappelé, à qui faisait mine de ne pas le voir, que la mobilisation à la SNCF était loin de s’essouffler, entretien avec Stella, salariéE de la SNCF en région parisienne et militante active dans l’organisation du mouvement de grève.

Quel est ton métier à la SNCF et en quoi serait-il impacté par la réforme ? 

Je suis agent d’études et travaille dans un pôle d’ingénierie ferroviaire à SNCF Réseau. Avec mes collègues, nous réalisons les études pour concevoir les ouvrages, préparer, planifier et assurer la bonne exécution des travaux jusqu’à la mise en service, pour régénérer les infrastructures vieillissantes (voies, ponts, postes d’aiguillage, etc.) ou pour construire les infrastructures ferroviaires de demain. 

Ce qui ne passe pas dans la réforme que le gouvernement veut imposer, c’est à la fois l’ouverture à la concurrence, la fin du statut à l’embauche, et la transformation de la SNCF en société anonyme, car cela va complètement à rebours de tout ce dont nous aurions besoin et que nous défendons, en particulier des embauches permettant d’assurer la charge de travail, une organisation du travail nous permettant de garantir la sécurité des circulations à travers les études que nous menons, et de meilleurs salaires. 

Après plus d’un mois de grève, la mobilisation semble s’inscrire dans la durée. Quel est l’état d’esprit de tes collègues grévistes ? 

La grève tient dans notre métier, en particulier pour celles et ceux qui sont les plus déterminés. Les collègues dans leur majorité font grève selon différentes modalités (59 min parfois, la demi-journée ou la journée entière), en optant pour le calendrier de grève proposé par la CGT, l’Unsa et la CFDT. Globalement c’est un rejet de l’ensemble de la réforme qui prédomine. Nous sommes une petite équipe mobilisée tous les jours pour renforcer la mobilisation en tournant dans les différents services et chantiers, et c’est indispensable pour que la grève au moins tienne dans la durée, voire se renforce.

Je voudrais ajouter que dans notre métier, mais aussi dans beaucoup d’autres métiers de la SNCF n’appartenant pas à la catégorie des « roulants » (conducteurEs et contrôleurEs), il y a l’idée que nous aussi, en faisant grève, nous empêchons les trains de rouler, en repoussant les « mises en service », et nous impactons aussi financièrement l’entreprise.  

Dirais-tu que le gouvernement a échoué dans sa tentative d’isoler les cheminotEs ? 

Oui, complètement. Non seulement il n’a pas réussi à monter les usagerEs contre nous, mais les salariéEs, les étudiantEs et les retraitéEs nous expriment au contraire leur soutien à chaque occasion, dans les manifestations ou les différentes initiatives que nous menons dans leur direction. À travers aussi la solidarité financière. Beaucoup de travailleurEs du privé et du public nous demandent de tenir bon et de ne rien lâcher, car il savent que si Macron s’attaque aujourd’hui aux cheminotEs, c’est pour mieux s’en prendre aux autres secteurs dès demain. Depuis le temps que la situation partout se dégrade. Il y a un ras-le-bol général !

Comment vois-tu la suite, et que faudrait-il pour gagner ? 

Je suis optimiste, la grève ne s’essouffle pas, comme vient de le démontrer cette « journée sans cheminot ». Dans les AG, nous discutons des suites, du 22 mai bien sûr, journée de mobilisation dans la fonction publique, que nous voyons comme une opportunité de tendre vers le tous ensemble nécessaire pour faire céder le gouvernement. C’est dans toutes les têtes. Les cheminotEs ne comprendraient pas de ne rien faire ce jour-là. Dans les AG en région parisienne aujourd’hui, comme ce soir en réunion inter-gares de la RP, qui s’est tenue à gare Saint-Lazare et a réuni 200 personnes, nous nous sommes retrouvés sur l’idée de faire de la journée du 22 mai une journée de grève et pas seulement de manifestation comme le propose la CGT, bien que le 22 mai soit « hors calendrier » de l’intersyndicale. Nous allons également nous saisir de ce 22 mai pour nous retrouver dans une nouvelle rencontre inter-gares le matin, puis en cortège de cheminotEs dans la manifestation des fonctionnaires l’après-midi. Nous commençons à nous structurer, et la détermination n’est pas prête de nous quitter !

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