La libéralisation du fret : un cas d’école

Il est assez « étonnant » que les adeptes de la déréglementation du chemin de fer soient aussi silencieux sur l’expérience de la libéralisation du fret (le transport de marchandise sur rail) commencé en France entre 2003 et 2006.

Il faut dire que l’expérience est édifiante : c’est un fiasco sans nom. Alors que l’arrivée d’entreprises concurrentes devait « booster le secteur », « faire baisser les prix », « créer de l’emploi », « prendre des parts de marché sur la route »… c’est tout le contraire qui s’est passé !

En 2006 le train transportait l’équivalent de 41,2 milliards de tonnes kilométriques contre 32,6 aujourd’hui. Soit une baisse de 20 % en dix ans, avec tout ce que cela induit : fermetures de plus de 200 gares fret, suppression de près de 9000 postes… 

Désastre économique, social et environnemental

Les quatre principales entreprises qui sont venues se positionner sur le marché sont ECR (filiale de la Deutsche Bahn), Colas Rail, Europorte (Eurotunel) et enfin VFLI… filiale 100 % SNCF. Elles détiennent 40 % du marché, contre un peu moins de 60 % pour la SNCF. Et elles sont toutes en déficit, pour un total de 300 millions d’euros en 2014. ECR a licencié 300 salariéEs en 2016, soit 25 % des effectifs. Pour les créations d’emplois, il faudra donc repasser.

Le fret SNCF est lui aussi en déficit (120 millions en 2017), et le gouvernement vient d’annoncer sa filialisation d’ici 2020. Pour les cheminotEs qui ont de la mémoire, le SERNAM (messagerie de la SNCF) avait été filialisée en 2002, avant d’être privatisée en 2005, puis intégrée à Geodis Calberson en 2012, avec 6 560 postes supprimés sur les 8 000.

De l’autre côté, les transporteurs routiers se frottent les mains. Un train de fret en moins, c’est 50 camions en plus sur les routes. Le transfert de marchandise rail/route correspond à près de 1,5 million de camions supplémentaires par an. Là aussi, pas besoin de commentaires sur l’impact de cette politique sur l’environnement.

Mais au total, c’est la SNCF elle-même qui tire son épingle du jeu de cette catastrophe. 

En effet, sa filiale Geodis (intégrée à SNCF Logistics, dont elle assure 80 % des revenus) est le premier opérateur logistique, principalement routier, en France. SNCF Logistics connait un chiffre d’affaires en constante augmentation. De 7,4 milliards d’euros en 2009, il est passé à 10,2 milliards en 2017.

C’est donc le groupe SNCF qui récupère, sur la route, les parts de marché perdues… sur le rail, assurant ainsi ⅓ de ses revenus.

Voilà où mène une politique de rentabilité à court terme. Voilà le modèle que le gouvernement et la holding SNCF veulent pour le transport de voyageurs de demain.

Basile Pot

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