CheminotEs : toujours le pari de faire dérailler Macron !

À la SNCF, c’était la douzième séquence de 2 jours sur 5 de grève du calendrier syndical UNSA-CFDT-CGT : soit les 23e et 24e jours de grève, les 28 et 29 mai. 

Le bras de fer dure depuis près de deux mois entre d’un côté des dizaines de milliers de cheminotEs grévistes, en « perlée », avec variantes personnelles, ou en reconductible pour une minorité, dressés tous ensemble contre un pacte ferroviaire qu’ils rejettent en bloc. La « vot’action », référendum organisé entre les 14 et 21 mai par l’intersyndicale (dont la direction de la SNCF conteste sans preuve le sérieux et la validité), a confirmé le rejet de la politique gouvernementale et patronale par 95 % des votantEs (quelque 60 % ayant participé au vote). Ce qui est énorme. 

Ce sont les AG qui subissent le contrecoup de la « perlée »

La grève tient donc, avec des taux de grévistes variables selon les régions et les catégories – selon les séquences aussi. La toute récente des 28 et 29 mai n’a pas été des plus suivies. Mais suffisante néanmoins pour que la direction annonce par ses sonos en gare qu’« un fort mouvement de grève paralyse le trafic normal... » Les assemblées générales n’ont pas été des plus fréquentées non plus, probablement deux fois moins nombreuses qu’en début de grève. Mais ça va, et ça vient. Comme nous l’avons déjà écrit dans ces colonnes, cette « innovation » de 2 jours de grève sur 5, décidée une fois pour toutes du haut d’une intersyndicale (et programmée même jusqu’au 28 juin) est précisément destinée à limiter le pouvoir de discussion et de décision des assemblées générales. Ce qui ne les empêche pas de se réunir, d’être parfois vivantes. Ce qui n’empêche pas un grand nombre de grévistes d’être en permanence sur la brèche, dans des piquets en direction de leurs collègues et des usagerEs ; dans des actions en direction d’autres travailleurEs en colère, car cette grève est tout sauf catégorielle. Et l’envie se manifeste, de plus en plus, de bousculer le calendrier. Mais comment, à grande échelle, face au verrou syndical de la grosse machine SNCF ?

Actions et même grève « hors calendrier »

Ce ne sont pas automatiquement les jours prévus au programme syndical qui sont les moments les plus forts. Ainsi, la journée du 22 mai dernier (hors calendrier syndical – la CGT appelait à manifester, mais explicitement à ne pas faire grève !) a-t-elle vu un nombre non négligeable de cheminotEs se joindre à la grève et aux manifestations des fonctionnaires. Même chose le samedi 26 mai où des cheminotEs se sont joints aux cortèges de la « marée populaire », en bonne place dans certaines villes de province. À Paris, c’est surtout à un « point fixe » que des grévistes – syndiqués et non-syndiqués – de Paris-Est, Paris-Nord, Paris-Austerlitz, Paris-Saint-Lazare, Paris Sud-Est, Châtillon et en prime Annemasse et Toulouse, qui avaient animé la rencontre inter-gares du matin, ont déployé leurs banderoles de gares, pour appeler au soutien financier. Plus de 11 430 euros ont été récoltés, partagés ensuite à égalité.

Méfiance de rigueur à l’égard de l’intersyndicale

Cela dit, l’inquiétude s’exprime quant aux intentions des dirigeants syndicaux fédéraux qui, le 25 mai, de la CGT à Sud-Rail, en passant par la CFDT, l’UNSA et FO, ont été reçus à nouveau, un par un, par Édouard Philippe. À la sortie : propos emberlificotés de la CFDT et l’UNSA sur une possible sortie de grève. Ce qui fut surtout matière à plaisanterie dans bien des AG du 28 mai : « Ils pensent à sortir mais sont-ils jamais entrés ? » Du côté de la CGT et de Sud-Rail, on affirme davantage de fermeté, mais la CGT écrit, en fin d’un « compte rendu de la bilatérale à Matignon du 25 mai 2018 », diffusé sous forme de tract ici ou là : « Ces annonces sont à mettre évidemment au crédit de la lutte en cours, notamment la reprise d’une partie conséquente de la dette par l’État et l’organisation d’une table ronde début juin... » En assemblée générale ce 28 mai, bon nombre de grévistes ont pourtant réaffirmé leur rejet en bloc du pacte ferroviaire ; réaffirmé aussi que la reprise de la dette SNCF par l’État ne les concernait pas, qu’elle n’était qu’un tour de passe-passe (au détriment du contribuable !) pour que la nouvelle SA (société anonyme) SNCF ne soit pas une boîte en faillite dans laquelle aucun capitaliste ne voudrait investir ! Quant à la « tripartite » revendiquée par les fédérations de cheminots, qui discuterait d’une « convention collective du ferroviaire » – « de qualité » disent-ils ! –, elle entérinerait surtout la fin du statut et des quelques garanties qu’il contient contre le licenciement.

Un nouveau round s’ouvre aussi au Sénat, entre le 29 mai et le 5 juin, pour valider ou modifier à la marge les choix des députés macronistes. Des rassemblements de cheminotEs sont prévus. Mais la routine de ces rendez-vous énerve de plus en plus de grévistes, qui, ici ou là, aimeraient bousculer ce calendrier syndical entièrement calqué sur des -négociations bidons.

Possible ? Pas possible ? Difficile. Mais une grande détermination demeure. Et la partie est loin d’être gagnée pour le gouvernement. Face aux sales coups de Macron, les cheminotEs ont relevé le gant, bien conscients de défendre tous les travailleurEs, dans un mouvement dont le caractère non corporatiste est à l’image du climat général de convergence des colères.

CorrespondantEs

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