Sénatoriales : défaite du PS, succès du FN

Sans surprise, dimanche dernier, la gauche a subi sa troisième défaite électorale en six mois, avec le renouvellement de la moitié des 348 sièges du Sénat. La droite reprend la majorité après trois ans de parenthèse socialiste.

En septembre 2011, le Sénat avait basculé à gauche avec six voix de majorité sans que pour autant cela serve à grand chose au gouvernement qui a réussi à se mettre en minorité, que ce soit sur le budget, les retraites ou la réforme territoriale…
Sans doute la perspective de la défaite du PS avait-elle suscité les candidatures et aiguisé les appétits : 1 732 candidatEs en lice pour 178 sièges contre 1 372 en 2011 et 754 en 2008. Au final, l’UMP et les centristes disposent d’une majorité d’une vingtaine de sièges. À noter que le PCF a perdu 3 sièges (18 sièges) et EÉLV reste stable avec 10 sièges.
Le PS semble se féliciter d’une défaite moins pire qu’attendue. « Ce n’est pas la vague bleue qu’on avait annoncée. C’est l’effet mécanique de la défaite des municipales, il n’y a pas eu de progression dans la sanction » déclarait Cambadélis avec la langue de bois de l’apparatchik autosatisfait. Pas de « vague bleue »... sauf qu’au Sénat il ne peut pas y avoir de vague. Son mode d’élections est destiné à amortir les évolutions de l’opinion. C’est un scrutin indirect qui confie à 88 420 grands électeurs (députés, conseillers généraux et régionaux, délégués des conseils municipaux) le soin de désigner ses parlementaires par moitié tous les 3 ans. Ce mode de scrutin atténue la défaite de la gauche qui, si elle devait affronter le verdict des urnes, connaîtrait une véritable débâcle.

Petite mais réelle victoire du FN
Fait notable, le FN a, lui, fait mieux que capitaliser ses résultats aux municipales en faisant son entrée au Sénat avec deux élus : David Rachline, maire de Fréjus, élu dans le Var, et Stéphane Ravier, maire du 7e secteur de Marseille, élu dans les Bouches-du-Rhône. « C’est une grande victoire pour le FN, une victoire absolument historique, c’est la première fois que nous rentrons au Sénat et de belle manière, avec deux sénateurs qui rentrent »... Les propos de Marine Le Pen pourraient paraître excessifs, si ces deux élus ne l’étaient pas grâce aux voix d’une partie de la droite qui leur ont permis de doubler, grosso modo, les voix du FN.
Rentrer au Sénat est un succès pour Marine Le Pen à double titre. Son parti gagne de nouvelles positions dans les institutions et une partie de la droite s’est ralliée au FN. Les digues – bien fragiles – ont sauté, et Florian Philippot de constater : « Les plafonds de verre, les uns après les autres, sont en train de sauter. »
Ce basculement de majorité au Sénat ne change rien sur le fond, mais elle donne à la droite un point d’appui pour jouer les contre-­pouvoirs et tenter de redonner de la crédibilité à l’alternance. Et surtout, elle donne un crédit institutionnel au FN qui aura, qui plus est, le plus jeune sénateur...
Pour le reste, va s’ouvrir maintenant, à droite, la bataille pour la présidence dont dépendent toutes sortes de sinécures et autres privilèges pour améliorer la condition du sénateur moyen. Leur sort est déjà confortable, avec 5 388 euros net par mois plus une enveloppe mensuelle de 6 037 euros pour leurs frais de mandat, sans oublier une enveloppe transport de 13 505 euros par sénateur et les diverses indemnités pour voyages à l’étranger ou autres…
L’occasion aussi pour la droite de négocier les rapports de forces entre les différentes écuries présidentielles.

Yvan Lemaitre

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