Plan EHPAD : très loin du compte !

Le 30 mai, la ministre de la Santé et des solidarités Agnès Buzyn a rendu public son programme pour la prise en charge de la « dépendance » au domicile et dans les EHPAD.

Suite aux luttes très nombreuses depuis 2017 dans les EHPAD, dont la plus connue est celle des « Opalines » à Foucheran, puis aux grandes journées de grève et de manifestations de professionnelEs, d’usagerEs, et de retraitéEs du 30 janvier et du 15 mars 2018, le gouvernement ne pouvait rester silencieux.

Des réponses sans rapport avec les besoins

Mais au-delà de discours qui ne coûtent pas cher, les réponses d’Agnès Buzyn sont sans rapport avec les besoins et les revendications formulées, dont la principale est le ratio d’unE agentE pour unE résidentE. Elle annonce 360 millions d’euros supplémentaires de 2019 à 2021, pour augmenter les effectifs de personnel. Ce montant ne permettrait au mieux que l’embauche d’unE seulE soignantE par EHPAD. Il ne compensera même pas la suppression des milliers d’emplois en contrats aidés. Des emplois qui auraient dû être transformés en emplois statutaires dans le public et en CDI dans le privé. On est donc très loin du compte et, à ce rythme, les mauvaises conditions d’accueil des résidentEs et les mauvaises conditions de travail des personnels vont perdurer. 

Concernant la nouvelle tarification des EHPAD, qui défavorise fortement les établissements publics (perte de 200 millions selon les directeurs), la ministre indique qu’elles seront compensées en 2018 et 2019. Mais au-delà ? Entre public et privé, Agnès Buzyn ne laisse en réalité planer aucun doute quant aux choix d’un ministère qui parle sans pudeur de « soutenir le développement de la filière Silver économie »… 

La faute aux salariéEs ?

Une autre mesure phare est la mise en place d’une infirmière d’astreinte la nuit pour plusieurs établissements pour éviter le recours aux urgences en cas de dégradation de l’état de santé de la personne âgée. Cette mesure est un leurre car l’infirmière devra gérer les urgences sur plusieurs établissements en même temps et ne sera pas en permanence dans l’établissement. Il faudrait déjà que le personnel de nuit soit en nombre suffisant et formé, ce qui n’est pas le cas partout.

Il est question aussi de l’amélioration des conditions de travail des salariéEs par des réunions de travail, mais sans personnel supplémentaire cela n’est pas possible…

Dans un intitulé, il est indiqué l’importance de promouvoir la bientraitance, mais comment être bien traitant quand le gouvernement de donne pas les moyens humains et financiers nécessaire pour fonctionner ? Cela n’a pour but que de culpabiliser encore un peu plus les salariéEs qui ne peuvent pas faire leur boulot correctement.

Des moyens seront mis en place par l’État pour aider à la rénovation des bâtiments les plus anciens à partir de 2019. Là encore, cette mesure n’est que de la poudre aux yeux, alors que les établissements n’ont pas les budgets leur permettant d’investir.

Ce plan n’est même pas un plan d’urgence, répondant aux besoins immédiats : il ne fait que prouver la nécessité d’amplifier et de coordonner la mobilisation dans les EHPAD et tous les établissements de santé.

Sandrine Clavières

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