Maisons de retraite : coûts exorbitants et conditions de vie déplorables

Deux rapports publiés cette année ont mis l’accent sur la façon dont sont traitées les personnes âgées en France. Le ministère des Solidarités et de la santé a publié une enquête portant sur le coût à la charge des résidentEs en maisons de retraite1, tandis que le Comité consultatif national d’éthique s’est intéressé aux conditions de vie des retraitéEs dans les maisons de retraite2.

En 2016, la moitié des résidentEs en maison de retraite ont payé, après déduction des allocations et des contributions obligatoires des familles, au moins 1 850 euros par mois pour financer leur prise en charge : 2 420 euros dans les établissements privés à but lucratif, 1 790 euros dans les établissements publics hospitaliers et 1 730 dans les établissements publics non hospitaliers. Or les retraitéEs perçoivent une pension moyenne de 1 380 euros brut3. Plus d’un tiers d’entre elles et eux donc doivent puiser dans leur épargne, et 11 % sont contraints de demander une aide à leurs proches pour payer leur établissement. Ces tarifs sont exorbitants, alors que les conditions de vie des personnes âgées sont souvent dégradées, particulièrement en Ehpad.

Maltraitance institutionnelle

Le Comité consultatif national d’éthique (CCNE) s’en inquiète. Son constat est réaliste : la dénégation collective du vieillissement conduit à une maltraitance latente et non assumée. Cette exclusion de la société pose de véritables problèmes éthiques, notamment le respect qui est dû à nos ancienEs. Sur quels fondements repose le fait de réduire l’espace d’une personne âgée à celui d’une cellule monacale, de concentrer les personnes âgées entre elles et dans un même lieu ? Le CCNE estime que le maintien à domicile est souvent difficile, voire impossible parce que les proches, des aidants « naturels », ne sont pas suffisamment soutenus, et les professions du maintien à domicile ne sont pas valorisées socialement ni convenablement rémunérées. Enfin il préconise tout aussi justement la création d’un cinquième risque de la Sécurité sociale pour financer la dépendance. 

Nos mamies et papys valent plus que leurs profits

Le secteur privé lucratif doit être exproprié car nos ancienEs ne doivent plus être victimes des groupes qui font du cash sur leur dos. Le NPA revendique un service public des 3e et 4e âges, prenant en charge des services permettant le maintien à domicile lorsque cela est compatible avec l’état de santé, et des séjours en établissement lorsque cela est nécessaire. 

Nous voulons que soient développés et généralisés des services : portage des repas, transports adaptés, télé-alarme gratuite ; des centres de santé, des logements accessibles aux personnes âgées et aux handicapéEs.

Toutes les personnes, sans discrimination, quels que soient leur degré de dépendance et leurs ressources financières, doivent pouvoir être accueillies dans des établissements médicalisés ou non. Un plan d’urgence de construction doit être lancé pour que toutes les personnes âgées ou dépendantes qui en ont besoin soient hébergées en établissement. Des dispositions qui évitent la ghettoïsation, par exemple des étages spécifiques dans des immeubles comme cela est préconisé par le CCNE, doivent être débattues et mises en œuvre.

La Sécurité sociale doit prendre en charge le recrutement à la hauteur des besoins et le financement des personnels médicaux, paramédicaux et d’accompagnement des seniors, et la formation continue du personnel intervenant à domicile ou dans les établissements. 

S. Bernard 

  • 1. « Comment les seniors financent-ils leur maison de retraite », Drees études & résultats n°1095, novembre 2018.
  • 2. « Enjeux éthiques du vieillissement », Avis n° 128, février 2018.
  • 3. En 2016. Source : « Les retraités et les retraites », Drees, 2018.

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