À l’hôpital Georges-Pompidou, les champignons vont bien !

Présenté comme « l’hôpital du 21e siècle » à son ouverture en 2000, l’hôpital européen Georges-Pompidou de l’Assistance publique des hôpitaux de Paris revient, encore une fois sur le devant de la scène.

Hier, c’était le suicide par défenestration, sur son lieu de travail, d’un médecin victime des méthodes de management de l’administration, auteure par ailleurs d’un fichier nominatif contenant des jugements discriminatoires sur certains chirurgiens, se fondant sur des données d’activités fausses. « Décès accidentel » dixit la directrice de cet établissement...

Déjà, à l’ouverture de ce fleuron de l’APHP, une épidémie de légionellose, bactérie qui se développe dans les réseaux sanitaires, avait été mortelle pour cinq patients. En 2007, un nouveau décès est attribué à cette bactérie. Mais ce n’est qu’en 2009 que l’institution est mise en examen. Un rapport d’expertise ayant mis en évidence des anomalies majeures dans le réseau d’eau malgré des alertes répétées. Cet établissement a ouvert ses portes malgré l’absence des certificats de conformité obligatoires.

La bourse ou la vie ?

Aujourd’hui encore, il s’agit d’infections nosocomiales, contractées à l’hôpital : 750 000 cas/an. Elles peuvent être directement liées aux soins dispensés ou survenir au moment de l’hospitalisation. D’origine endogène, le malade est infecté lors d’un acte invasif, ou exogène, par les autres malades, les personnels soignants ou la contamination de l’environnement hospitalier.

L’histoire se répète donc, avec un champignon potentiellement mortel, l’aspergillus, dont la présence dans les blocs opératoires a conduit à la fermeture de 9 d’entre eux sur 24 et des urgences orthopédiques et viscérales. Le service de stérilisation, en charge de l’hygiène est dépassé, faute de personnel. La course à l’activité par la multiplication des opérations chirurgicales, pour épouser le virage ambulatoire, empêche de bien nettoyer les blocs. L’ambulatoire, des soins sans hospitalisation complète, est aujourd’hui le credo, y compris pour la médecine hospitalière, des autorités sanitaires.

Malgré toutes les réserves et les critiques exprimées par les professionnelEs, les décideurs, rivés sur leurs tableaux de bord comptables, ne dévient pas de leur logique de performance financière, au détriment de la santé de la population. La loi Touraine a programmé 22 000 suppressions de postes dans la fonction publique hospitalière...

D’Alma-Ata aux comités de lutte contre les infections nosocomiales

Il faudra attendre dix ans après l’appel d’Alma-Ata, lancé par l’OMS, l’Organisation mondiale de la santé, pour protéger et promouvoir la santé de tous les peuples du monde, pour qu’en 1988, les comités de lutte contre les infections nosocomiales (CLIN) soient rendus obligatoires dans chaque établissement sanitaire.

Mais en 2008, Bachelot, avec la loi HPST (Hôpital, patients, santé, territoires), a ouvert la voie à la mise en danger de la vie des hospitaliséEs en cassant cet outil qui avait démontré son efficacité contre ce risque. La loi en supprime l’obligation et dilue cette problématique dans le fourre-tout de la politique d’amélioration continue de la qualité et de la sécurité des soins, accordant toute souplesse aux directions hospitalières pour l’élaborer. Le CLIN est alors mis sous tutelle administrative, et l’EOH, équipe opérationnelle d’hygiène, est mandatée mais sous-dotée dans la plupart des cas.

Comme dans la loi travail, tous les obstacles aux profits et à la rentabilité doivent être supprimés, peu importe le coût en vies humaines. Le capitalisme nuit gravement à la santé !

CorrespondantEs

 

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