Leur confinement et le nôtre

La stratégie de riposte choisie par le gouvernement français contre le Covid-19 révulse de plus en plus les personnels médicaux, et aussi la population.

Mais où sont les tests, où sont les masques ? Où est le confinement pour les secteurs non essentiels, quand on voit les encouragements à faire repartir ce lundi les usines PSA, heureusement bloqués par les syndicats ? On peut résumer la stratégie officielle du gouvernement par : le confinement pour étaler le pic et permettre aux services de réanimation de tenir, de sauver le maximum de monde. Un choix par défaut, par austérité dirait-on, tant des années de politique de fermetures de lits ont fragilisé l’hôpital, tant la volonté d’économiser 50 millions d’euros prive la population et son système de santé de la réserve de 1,3 milliard de masques, tant la France est en retard sur l’utilisation massive des tests, tant manquent les respirateurs et demain, dès aujourd’hui parfois, les médicaments essentiels (Hypnovel pour sédater les patientEs en réanimation, Augmentin contre les surinfections…).

Aucune décision de tester largement

Quand les mesures d’austérité rejoignent l’hospitalo-centrisme des spécialistes de la santé publique, et la tradition d’État fort et de centralisation des décideurs, on en arrive à cette situation qui fait uniquement reposer sur l’hôpital le choc Covid-19, qui ne vise pas d’abord à limiter la diffusion du virus, mais à l’étaler simplement dans le temps.

Aucune décision de tester largement, dès le début de l’épidémie, les cas suspects, pour isoler les patientEs de manière solidaire, de tester et retester les personnels des Ehpad, les proches de gens fragiles, les personnels en relation avec le public. Des tests au compte-gouttes, hospitaliers, pour les cas les plus graves. Une décision scandaleuse, qui va à l’opposé des recommandations de l’OMS, de l’expérience des pays, pourtant proches de la Chine, qui ont réussi à tenir face à la première vague de Covid-19. Dépistage précoce au plus près de la population, en lui donnant les moyens financiers, matériels et le soutien psychologique pour rester confiné. Avec fermeture des centres de rétention, réquisition des logements vides, ouvertures massive de lieux d’hébergement, prisons vidées au maximum, comme l’exigent les associations. Le tout en fournissant information adaptée et masques en grande quantité. Tests élargis aux cas contacts pour éviter la diffusion. Information, démocratie, transfert de richesse pour permettre un confinement solidaire. Une stratégie d’autant plus efficace qu’elle est commencée plus tôt. Et qui devra de toute les façons être celle pour une sortie de la crise du Covid-19.

Une telle stratégie de dépistage de masse communautaire (médecins et laboratoires de ville, drive-in sur les parkings, tests répétés sur les personnels dont le travail est utile à la santé, à la solidarité, à l’effort contre le Covid-19, sur les lieux de travail, voire auto-tests… ) n’aurait probablement pas suffi à éviter le passage vers une forme plus ou moins lourde de confinement. Notamment parce qu’il faut savoir que beaucoup de tests sont faussement négatifs, comme l’exemple de cette jeune adolescente de 16 ans, décédée après deux tests négatifs, puis testée positive en rentrant en réanimation, le confirme. Mais elle aurait permis non seulement de mieux étaler, mais aussi de réduire le nombre de malades, et donc le nombre de décès dans les services d’urgence saturés. Mais leur horizon c’est l’austérité et l’État fort. Le nôtre, la solidarité et l’auto-organisation. La différence se compte en milliers de morts.

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