Les véritables épidémies sont l’inégalité sociale et la mondialisation capitaliste

Klaus Engert

Klaus Engert est un médecin allemand, militant de la IVe Internationale. Il travaille et réside au Nigéria.

Un spectre hante le monde – malheureusement, ce n’est pas celui du communisme, mais celui d’une pandémie de coronavirus qui se propage à une vitesse vertigineuse.

«  Je dis donc que les années de la fructueuse Incarnation du Fils de Dieu atteignaient déjà le nombre de mille trois cent quarante-huit, lorsque, dans la remarquable cité de Florence, belle au-dessus de toutes les autres cités d’Italie, parvint la mortifère pestilence qui, par l’opération des corps célestes, ou à cause de nos œuvres iniques, avait été déchaînée sur les mortels par la juste colère de Dieu et pour notre châtiment. Quelques années auparavant, elle s’était déclarée dans les pays orientaux, où elle avait enlevé une innombrable quantité de vivants  ; puis poursuivant sa marche d’un lieu à un autre, sans jamais s’arrêter, elle s’était malheureusement étendue vers l’Occident.  »1

(Boccace, Décaméron)

Depuis l’épidémie de peste de 1348, à laquelle Boccacce fait référence et qui constitue le cadre de son Décaméron, composé vers 1350, la connaissance des causes des épidémies a fait des progrès significatifs, comme le montre la citation ci-dessus, mais elle n’a pas réussi jusqu’à présent à arrêter l’apparition périodique d’épidémies et de pandémies. La pandémie actuelle de SRAS Covid-19 était tout aussi inévitable que la peste ou la variole en leurs temps, même si des avertissements ont été lancés au fil des ans quant à l’imminence d’une telle épidémie (voir ci-dessous).

Pourquoi la lutte (médicale) contre le coronavirus est-elle si difficile à mener ?

Il y a plus d’une raison.
- Tout d’abord, il s’agit d’un nouveau virus qui, selon les connaissances actuelles, a commencé comme une zoonose (une maladie des animaux) et s’est ensuite «  propagé  » à l’homme. Il n’y a donc pas d’immunité naturelle – l’immunité doit d’abord être acquise.
- Ensuite, le virus a une virulence assez faible, dans l’état actuel de nos connaissances. La virulence est l’indice qui indique combien de personnes infectées par le virus tombent effectivement malades. Certains scientifiques supposent que le nombre actuel de personnes dont le test est positif doit être multiplié par dix à vingt afin d’obtenir le nombre réel de porteurs du virus. Environ 80  % des personnes infectées ne présentent aucun symptôme ou seulement des symptômes légers – mais elles sont bien sûr tout de même contagieuses. (À titre de comparaison, le virus de la variole, qui a été responsable de nombreuses épidémies dévastatrices dans le monde entier jusqu’à son éradication, avait un indice de manifestation d’environ 100  %, de sorte que l’on savait clairement qui était infecté et qui ne l’était pas).
- Troisièmement, les symptômes de la maladie, surtout chez les personnes qui ne sont que légèrement malades, ne sont pas très spécifiques, ils sont similaires à ceux d’autres rhumes courants tels que la grippe  : une toux banale et irritante (ou aux symptômes de la malaria, qui touche les pays du Sud global). Ici aussi, il y a une différence décisive avec la peste ou la variole, dont les symptômes étaient clairs et visibles, et dont le diagnostic était par conséquent facile.
- Quatrièmement, il n’existe pas de vaccin efficace ni de véritable traitement – ce qui est d’ailleurs le cas pour la plupart des maladies virales. Le traitement consiste actuellement, en principe, à guérir les symptômes  : même en cas de respiration artificielle, l’objectif est simplement d’empêcher l’insuffisance pulmonaire jusqu’à ce que le système immunitaire ait traité le virus lui-même.
- Cinquièmement, pour les raisons mentionnées ci-dessus, les personnes atteintes ne peuvent être identifiées de manière définitive qu’après la mise au point d’une procédure de test fiable, mais les capacités de test sont encore loin d’être suffisantes.
- Enfin, la structure d’une société a un impact décisif sur les possibilités de lutte et sur la propagation – mais nous en dirons plus à ce sujet ci-dessous.

D’un point de vue épidémiologique, il n’y a que deux options dans une telle situation, options qui sont actuellement utilisées, pour ainsi dire de manière combinée  : d’une part, l’identification et l’isolement des personnes potentiellement infectées afin d’interrompre la chaîne d’infection, c’est-à-dire la quarantaine, et, d’autre part, l’espoir du développement de ce qu’on appelle l’immunité collective jusqu’à ce qu’un vaccin ou un médicament efficace arrive sur le marché. De manière générale, l’immunité collective signifie une distribution de l’immunité qui protège une population contre les nouvelles infections. On estime qu’environ 60 à 70  % de la population doit être immunisée pour atteindre ce point, c’est-à-dire que 60 à 70  % doit avoir été en contact avec le virus.

La première option (quarantaine) est actuellement utilisée dans une plus ou moins large mesure  : auto-isolation, confinements, etc. Mais cela ne peut pas vraiment mettre fin à la pandémie. Jusqu’à présent, l’arrêt des pandémies n’a été possible que dans le cas de maladies dont (comme nous l’avons vu) les porteurs sont clairement identifiables et peuvent être isolés dans presque tous les cas.

La contradiction inhérente à la deuxième option est qu’une immunité collective rapide (si l’on suppose une longue période d’immunité conférée par l’infection, ce qui n’est pas encore prouvé, mais le sera probablement, compte tenu de l’expérience acquise avec des virus similaires) ne peut être obtenue que si l’on laisse la pandémie suivre son cours, donc sans l’isoler. Toutefois, cela entraînera naturellement un nombre élevé de décès, même si, en analysant les données pertinentes (et en tenant compte du nombre possible de cas non signalés – voir ci-dessus), la mortalité est inférieure à celle d’autres maladies virales telles qu’Ebola et (à mon avis personnel) pas tellement supérieure à celle de la grippe saisonnière. Ce point de vue est étayé par le fait que le taux de mortalité dans les différents pays fluctue fortement et que cela est en corrélation avec le nombre de tests effectués  : le pays qui effectue actuellement la plupart des tests dans le monde est l’Allemagne (bien que même l’Allemagne effectue beaucoup trop peu de tests pour fournir des chiffres plus précis concernant l’infectivité, la morbidité et la mortalité – pour obtenir de meilleures données, nous devons attendre l’achèvement des tests actuels sur des échantillons, entre autres à Munich), et dans le même temps, le taux de mortalité est sensiblement plus faible qu’ailleurs.

Toutefois, étant donné que, contrairement à la grippe, il n’existe aucune immunité dans la population contre le Covid-19, les chiffres absolus seraient en fait très élevés. En supposant que 60  % des Allemands soient infectés et que le taux de mortalité actuel d’environ 1,5  % (en Allemagne) soit confirmé, nous pouvons nous attendre à 720  000 victimes. Avec un taux de mortalité de 0,1 à 0,2  %, comme on le suppose dans le cas de la grippe, il y aurait encore de 48  000 à 96  000 décès.

Par ailleurs, les épidémiologistes débattent également vivement de la nécessité de généraliser le port du masque, compte tenu de la contradiction que je viens d’évoquer. Du point de vue de l’immunité collective et compte tenu du degré de risque de maladie très différent selon les groupes d’âge, une protection ciblée des seuls groupes à risque correspondants serait plus appropriée dans certaines circonstances. Mais la stratégie actuelle suit une autre voie  : elle tente de ralentir la propagation du virus, qui ne peut être évitée pour les raisons invoquées, de telle sorte que, d’une part, on gagne du temps pour mettre au point des vaccins et des médicaments (beaucoup de travail est en cours à ce niveau ainsi qu’à propos de procédures de dépistage rapide, lesquelles garantiraient des profits élevés) et, d’autre part, on réduit autant que possible la charge qui pèse sur le système de santé, qui s’effondre déjà dans certaines régions où il a subi une austérité dévastatrice.

Capitalisme et pandémie

Au vu de ce qui précède, on pourrait conclure que la maladie qui a touché le monde entier en quelques semaines est le résultat du destin. Ce n’est vrai qu’en partie. Si l’on met de côté les théories du complot qui se répandent en pareil cas, comme déjà à l’époque des épidémies de VIH et d’Ebola (pour Boccace, c’était la colère de Dieu, aujourd’hui les virus auraient été confectionnés dans des laboratoires secrets par la CIA ou par Israël, et, plus récemment, en raison des radiations émises par la 5G...), il reste à dire que l’émergence de la pandémie, les problèmes de la lutte contre celle-ci et, en particulier, la vitesse exorbitante à laquelle le virus se propage ne peuvent être compris sans examiner l’état actuel de l’économie mondiale, c’est à dire du capitalisme.

Concernant l’origine de l’épidémie, la biologiste Simone Sommer de l’Université d’Ulm, qui se consacre à l’  «  écosanté  » depuis 2014, a souligné à juste titre dans la Tageszeitung du 31 mars 2020 que les épidémies sont plus probables dans des écosystèmes gravement perturbés et à faible biodiversité – et de même pour une mutation, c’est-à-dire un changement génétique d’un agent pathogène, grâce auquel il est capable de passer d’un animal sauvage, par exemple la chauve-souris, auquel il est adapté,  à l’être humain. Cette observation est également à la base de l’avertissement lancé par des gens comme Bill Gates, en 2015, selon lequel de nouvelles pandémies étaient imminentes. La destruction progressive de l’environnement causée par la destruction du globe du fait de la valorisation du capital avec, comme conséquence, l’extinction des espèces, est l’une des causes de l’apparition d’épidémies comme celle que nous connaissons actuellement.

Cependant, l’élevage industriel favorise également de tels développements, comme nous l’avons vu à l’époque de la grippe dite porcine, car le franchissement des frontières entre les espèces se fait non seulement entre les animaux et les humains, mais aussi entre différentes espèces animales (si l’on met de côté que les humains ne sont, en fin de compte, qu’une espèce de vertébrés). Les différents composants du virus de la grippe porcine, par exemple, provenaient d’un virus de grippe porcine d’Amérique du Nord, d’un virus de grippe aviaire d’Amérique du Nord, d’un virus de grippe humaine et d’un virus de grippe porcine eurasiatique, qui n’avait jamais existé auparavant aux États-Unis. Les indices suggèrent que le virus est originaire d’une partie du Mexique qui abrite d’énormes élevages de porcs et de volailles.

Quant à la question de la lutte contre l’épidémie, même les plus ardents défenseurs d’une économie capitaliste mondialisée commencent à voir que la production centralisée de produits médicaux dans des pays à bas salaires tels que l’Inde et la Chine – qu’il s’agisse d’équipements tels que les masques et les vêtements de protection ou de médicaments et de vaccins – peut certes être une excellente chose du point de vue de la maximisation des profits mais présente un risque élevé en période de pandémie  : jusqu’à présent, 80  % de la production de ce matériel a été réalisée en Chine et une dose de vaccin sur deux dans le monde est fabriquée en Inde. La tentative touchante de remédier à la situation en publiant dans toutes les gazettes des instructions sur la façon de fabriquer des masques illustre l’impuissance des autorités nationales envers les mécanismes normaux de valorisation internationale du capital et leurs conséquences. Soit dit en passant, des effets secondaires dans le contexte de la pandémie actuelle ont également été enregistrés pour des médicaments qui n’ont rien à voir avec la lutte contre le coronavirus, puisque la région la plus touchée, Wuhan, abrite également certaines des plus grandes usines pharmaceutiques, qui produisent une proportion importante des composants de base pour le monde entier. (Toutefois, on peut douter que l’intention actuellement annoncée de décentraliser à nouveau la production se concrétise un jour, une fois la fumée des armes se dispersée.)

La vitesse de propagation d’une épidémie ou pandémie dépend de plusieurs facteurs, dont tout d’abord, bien sûr, la contagiosité d’un agent pathogène, c’est-à-dire la facilité avec laquelle il peut être transmis par les différentes voies d’infection typiques. Toutes les bactéries ou virus ne sont pas également contagieux  : ils ne se transmettent pas tous directement d’une personne à l’autre. Certains agents pathogènes ne se transmettent que par un contact intensif, tandis que d’autres sont si contagieux qu’il suffit de rester dans la même pièce pour produire une infection. Le virus de la variole, par exemple, peut déclencher une infection par voie aérienne jusqu’à une distance de 20 mètres. Deuxièmement, la probabilité qu’un grand nombre de personnes entre en contact avec l’agent pathogène est un facteur important.

Et c’est là que nous nous heurtons au problème de la mobilité. L’expansion mondiale du mode de production capitaliste est non seulement associée à une croissance rapide de la population et à sa concentration dans les centres urbains (ce qui joue également un rôle majeur dans la transmission des maladies), mais aussi à une augmentation tout aussi importante de la mobilité. D’une part, il y a la mobilité forcée (exode rural, migrations, déplacement de populations, main-d’œuvre nomade, etc.), et d’autre part, il y a la mobilité qu’on peut appeler volontaire, sous la forme du tourisme de masse. À cela s’ajoute la circulation des marchandises. (Les conséquences écologiques de ce processus ne seront pas examinées ici, mais il convient de souligner que la dégradation de l’environnement résultant de l’expansion des infrastructures de transport contribue de manière significative à l’extinction rapide des espèces et, comme mentionné précédemment, à l’apparition de pandémies comme celle que nous connaissons actuellement). Même si des pandémies ont existé au cours des siècles passés, elles se sont propagées assez lentement par rapport à aujourd’hui. Souvent les épidémies restaient limitées à une zone donnée pendant une longue période, à moins que des facteurs supplémentaires n’entraînent une augmentation soudaine de la mobilité – en général il s’agissait de guerres.

Pour résumer en paraphrasant une phrase célèbre de Max Horkheimer  : «  Si vous ne voulez pas parler de capitalisme, alors vous devriez aussi arrêter de parler de pandémies.  »

Pandémie, racisme et Sud global

Le battage médiatique autour de la pandémie de corona ne peut s’expliquer par le nombre absolu de malades et de morts. Faisons un calcul fictif : à condition que le virus se propage de manière incontrôlée dans le monde entier sans aucune mesure pour le freiner jusqu’à ce qu’il atteigne ce qu’on appelle l’immunité collective (voir ci-dessus), il faudrait qu’au moins 4,65 milliards de personnes soient infectées dans une population mondiale actuelle de 7,75 milliards de personnes. Si l’on suppose un taux de mortalité de 2  %, 93 millions de personnes mourraient dans le monde jusqu’à ce que la pandémie soit  «  asséchée  ». Avec un taux de mortalité comme celui de la grippe (0,2  %), nous aurions tout de même 9,3 millions de décès. Cela, notons-le bien, dans le pire des cas, à condition que, d’une part, aucune mesure ne soit prise et, d’autre part, qu’aucun vaccin ou médicament ne soit développé dans un avenir proche – ce qui est plutôt improbable, puisque des milliards de dollars sont actuellement dépensés dans le monde pour lutter contre la pandémie et ses conséquences économiques. Pour le moment (à la date du 7 avril 2020), il y a eu environ 1,4 million de personnes infectées et 82  000 décès dans les 4 mois suivant le déclenchement de la pandémie. Même si ces chiffres, surtout en ce qui concerne l’Afrique subsaharienne, doivent être mis en doute (il n’existe pratiquement pas de capacité de test, par exemple au Nigeria, où il y a actuellement neuf laboratoires pour 200 millions d’habitants), il faut comparer les efforts et les fonds actuellement utilisés à ceux consacrés à la lutte contre d’autres maladies de masse mondiales.

La maladie infectieuse ayant le taux de mortalité le plus élevé au monde reste la tuberculose. Selon le rapport TBC 2020 de l’OMS (Organisation mondiale de la santé), 1,2 million de personnes séronégatives au VIH sont mortes en 2018 des suites de la tuberculose, ainsi que 251 000 personnes séropositives au VIH.
Entre 2010 et 2018, 4,26 millions de personnes sont mortes du paludisme dans le monde, soit une moyenne de 500  000 par an, dont 24  % rien qu’au Nigeria (67  % d’entre elles étaient des enfants de moins de 5 ans).

Selon l’OMS, environ 228 millions de personnes ont été infectées en 2018, ce qui signifie que le taux de mortalité était (et est toujours) légèrement supérieur à 0,2 %.
Les deux maladies mentionnées ont trois choses en commun  : premièrement, elles sont en fait faciles à traiter, deuxièmement, les décès touchent principalement les populations  pauvre, et troisièmement, elles sont principalement localisées dans le sud global. Le paludisme a été éradiqué en Europe depuis 1950 environ, tandis que la tuberculose touche aussi principalement le Sud (principalement l’Afrique), à l’exception de la Russie, où elle est à nouveau en augmentation.

L’exemple du paludisme : La raison pour laquelle la pandémie de Covid-19 suscite tant d’inquiétude est simplement qu’elle touche les pays industrialisés du Nord. Tant que les maladies restent confinées aux pays pauvres du Sud, les efforts pour les maîtriser sont loin d’être aussi importants. La solidarité mondiale et le principe «  nous sommes un seul monde  » ne seront évoqués que si une pandémie menace de paralyser ceux qui profitent de la pauvreté des autres. Chaque année, l’OMS doit quémander l’argent nécessaire pour lutter contre le paludisme, la tuberculose et d’autres maladies qui peuvent être traitées et prévenues dans les régions du sud – si l’on compare ces sommes avec celles qui sont actuellement utilisées pour lutter contre les conséquences de la pandémie, ce sont en fait des sommes dérisoires. Et en même temps, des gens comme Trump menacent de mettre fin aux paiements à l’OMS. C’est le volet raciste de la stratégie actuelle de lutte contre la maladie.

Et il y a autre chose encore : la stratégie d’endiguement mentionnée dans l’introduction affecte les différentes régions du monde et aussi concrètement les individus concernés de manière très différente. Dans les pays du Sud, on tente actuellement de copier les recettes utilisées dans le Nord, à savoir la fermeture des frontières, les confinements et la fermeture d’entreprises. La différence est qu’il n’y a pas d’argent pour les mesures d’accompagnement (ou s’il y en a, il n’est pas dépensé). Dans les pays où l’écrasante majorité de la population n’a pas d’assurance chômage, travaille principalement dans le secteur informel et n’a pratiquement pas de réserves financières, une telle stratégie conduit à la misère (une misère encore plus grande). Rien qu’à Lagos au Nigeria, 5 millions de personnes sur 20 millions travaillent comme journaliers, et tous les vendeurs de rue, chauffeurs de taxi, etc. qui travaillent dans le secteur informel vivent avec leur famille au jour le jour. Le confinement actuel les prive de tout revenu. Cela entraînera inévitablement non seulement la faim mais aussi une augmentation de la criminalité et vraisemblablement des troubles sociaux (que l’on peut déjà observer par endroits). La présence ostentatoire de l’armée dans les rues de Lagos et dans des pays comme l’Afrique du Sud, l’Ouganda ou le Kenya, où le plusieurs personnes ont été tuées dans le cadre de l’imposition du confinement, montre que les gouvernements sont bien conscients du danger.
Dans ce contexte, il est juste de se demander si, au final, les risques et les effets secondaires des mesures de contrôle dans ces pays feront plus de victimes que la pandémie elle-même. Il est certain que, dans un tel cas, il n’y aura pas de mises à jour quotidiennes avec de beaux tableaux du type de ceux fournis par l’Institut Robert Koch ou par l’Université Johns Hopkins.

Je m’en tiendrai là, et citerai pour conclure la dernière phrase de l’introduction du Décaméron de Boccace  : «  Il m’est très pénible à moi aussi, d’aller si longuement à travers tant de misères.  »

Traduction Sylvestre Jaffard

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