Les six milliards du charlatan Véran lors du Ségur de la santé

L’ampleur de la mobilisation du 16 juin a traduit l’exaspération des personnels hospitaliers et de leurs soutiens. Le pouvoir a compris qu’il ne pouvait continuer à jouer la montre au « Ségur de la santé ». Attendre les congés d’été en amusant les syndicats et collectifs par des visioconférences, sous la présidence d’une Nicole Notat sans mandat de négociation devenait intenable.

Après la fédération Sud santé sociaux la semaine précédente, ce sont les syndicats de médecins libéraux, puis ceux de médecins hospitaliers, qui ont claqué la porte. Les autres fédérations de salariéEs ont exigé que le ministre de la Santé, en personne, apporte un chiffrage.

Sans rapport avec les besoins

Olivier Véran a donc du se déplacer pour dévoiler ce que le pouvoir est prêt à « mettre sur la table ». Six milliards d’euros sont prévus pour revaloriser les salaires des personnels des hôpitaux, des EHPAD publics, et des établissements privés, soit en tout 1,7 millions de salariéEs. Il n’est toujours pas question d’une quelconque enveloppe pour recruter du personnel manquant, principale revendication des personnels épuisés et nécessité absolue pour rouvrir des lits, et maintenir les services indispensables aux hôpitaux de proximité.

Seul le secrétaire général de la CFDT, Laurent Berger, toujours prêt à dégainer le stylo, dès que quelques miettes lui sont jetées, voit dans cette annonce « un bon point de départ, un bon point d’appui ». Au regard des enjeux, ces six milliards d’euros sont dérisoires. Rappelons que la « prime Covid » (500 à 1500 euros versés une seule fois) coûte aux alentours de 4 milliards d’euros !

La fédération CGT santé action sociale a effectué un chiffrage qui s’approche certainement davantage des besoins réels. Celui-ci prend en compte le coût de la création de 100 000 emplois hospitaliers et de 200 000 emplois dans les EHPAD. Il prévoit le financement de la revendication de 300 euros d’augmentation de salaire mensuel pour touTEs, de la revalorisation du point d’indice dans la fonction publique, de la révision des grilles indiciaires, les nécessités de formation. Il aboutit à un besoin de financement de 57 milliards, soit prêt de 10 fois les annonces de Veran.

Pour y parvenir, la CGT estime l’augmentation annuelle des dépenses hospitalière nécessaires à 8% minimum, quand elle était initialement prévue d’un peu plus de 2% en 2020. Elle trace aussi des pistes de financement, telles que la suppression des exonérations de cotisations patronales, ou celle de la taxe sur les salaires dans les hôpitaux.

Développer le rapport de forces

Ces estimations donnent un ordre d’idée des choix politiques à faire si l’on veut réellement que, pour la santé, le « monde d’après » ne ressemble pas à celui « d’avant » et que le système de santé réponde effectivement aux besoins courant et à des situations exceptionnelles, telles qu’une épidémie. Elles montrent aussi le niveau du rapport de forces à créer pour y parvenir.

Les six milliards de Véran prouvent en effet que l’exécutif ne cherche qu’à calmer, momentanément, la colère, pour continuer la même politique de santé. Il n’a aucune intention pour répondre aux besoins d’augmenter la dépense publique, en augmentant la part de la richesse produite affectée au service public de santé, via la Sécurité sociale et en prenant sur les profits. Seul un rapport de forces puissant, par une mobilisation déterminée de longue durée, coordonnée au niveau national, peut y parvenir. Dire que « le compte n’y est pas » comme le font presque toutes les fédérations syndicales, c’est bien, mais définir une stratégie pour que « le compte y soit » serait mieux. La pression de quelques « journées d’action » même réussies ne suffira pas.

Après le 30 juin, l’échéance du 14 juillet, apparait comme une date mobilisatrice possible, alors que s’ouvre la période des congés pour faire pièce à l’indécente célébration des « héros » par Macron.

Cela doit s’inscrire pour les mois qui viennent, dans la construction d’un mouvement unitaire démocratiquement organisé à la base et coordonné sur le plan national, de touTEs les hospitalierEs et de leurs soutien si l’on veut que le succès soit au bout du chemin.

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