Les grèves aux urgences se poursuivent : l’exemple de Besançon

À Besançon, un premier mouvement de grève d’un peu plus d’un mois a eu lieu à l’automne 2018. Ce mouvement faisait suite à une expertise extérieure demandée par le CHSCT sur laquelle la DG avait voulu s’asseoir. Sous la pression des agentEs, des syndicats et de l’inspection du travail, il en était sorti 63 mesures à moyen et/ou long terme, et un renfort en personnel pour l’hiver. En avril, la direction a repoussé d’un mois ce renfort indispensable au fonctionnement minimal du service la nuit, puis l’a supprimé en mai pour d’obscures raisons officielles. On peut imaginer l’austérité budgétaire derrière cette décision…

Manque de personnel

Un préavis de grève a été posé début mai. Une réunion entre directrice générale (DG), DRH, Direction des soins infirmiers (DSI) et deux représentantEs par syndicat a été organisée. Le syndicat Sud, dont le secrétaire est infirmier aux urgences, a choisi de désigner, parmi ses deux représentantEs, une infirmière de nuit non syndiquée, qui a été virée par la DG dès le début de séance sans avoir pu s’exprimer du tout. Une réunion bien entendu infructueuse. 

Le 14 mai la grève a donc recommencé, dans un contexte national tendu aux urgences, mais avec prioritairement des revendications locales portant essentiellement sur un besoin en personnel. Peu de temps après, le DG adjoint et la DRH adjointe ont convié les syndicats à une nouvelle réunion. Non pour proposer des postes, mais pour mettre la pression en lien avec une action médiatique annoncée sur les réseaux sociaux, en demandant si les grévistes étaient organisateurs, si ils et elles soutenaient ou si ils et elles se désolidarisaient de celle-ci…

La grève s’organise

Dans le service, un groupe Whats­App a été constitué, regroupant une soixantaine d’agentEs, et un lien avec le collectif inter-urgences national s’est créé. Certaines équipes très impliquées s’affichent clairement en grève (en travaillant par exemple avec un tee-shirt noir), d’autres collègues sont moins impliqués. Une distribution de tracts auprès des collègues de l’hôpital et des visiteurs a été organisée, mais sans le succès escompté.

Les cadres ont été et sont encore dans leur rôle de petits chefs, et ne prennent pas position pour leurs équipes. Peu de médecins affirment publiquement leur soutien, même si certainEs disent nous soutenir. Les affiches et banderoles sont systématiquement enlevées et ne durent généralement que le temps d’un week-end.

Une première manif nationale ayant été organisée à Paris, deux grévistes de Besançon y sont allés et cela a un peu remobilisé les troupes. Le personnel a aussi rencontré l’Agence régionale de santé (ARS) qui a dit que des fonds d’urgence seraient débloqués à la demande de la ministre avant fin juin… Les grévistes attendent encore.

Cinq infirmières en arrêt

Dans le service la galère a donc continué. Une équipe infirmière de nuit a fini par craquer : ses cinq membres ont été arrêtées par leurs médecins respectifs pour une ou deux semaines. La direction a alors pioché dans le personnel en service dans l’hôpital cette nuit-là pour remplacer au Service d’accueil des urgences (SAU). Cela a mis en souffrance les services dépouillés (dont un service normé : les Soins intensifs de cardiologie, qui n’ont eu qu’une infirmière la nuit au lieu des deux réglementaires). 

Puis la direction a payé très cher les remplaçants qui venaient casser la grève, dont certains cadres, anciens collègues du SAU, payés en nuit sup de cadre. 

La souffrance des collègues, ainsi que cette faculté pour la direction de trouver du personnel si « facilement » pour les remplacer a ressoudé encore plus les grévistes, et le mouvement est aujourd’hui très construit. 

Provocations de la direction

La direction du CHU a jeté de l’huile sur le feu en Conseil de surveillance et en CHSCT ; elle a méprisé les grévistes qui n’avaient, d’après elle, aucune conscience professionnelle et qui étaient manipulés pour faire un coup médiatique. La DG a en outre convoqué un médecin du service, prétendant qu’il aurait témoigné anonymement sur France 3 (ce qu’il a nié), pour lui mettre la pression et a indiqué qu’elle allait mettre hors de danger les agentEs qui s’estimaient l’être (en clair, changer de service les cinq collègues en arrêt).

Une réponse à la DG a été faite par le personnel, sous forme de lettre ouverte aux membres de la CME et du Conseil de surveillance. Elle n’a pas souhaité la traiter autrement que comme une lettre anonyme si des noms d’agentEs n’apparaissaient pas. La réponse a été immédiate : une liste de 51 « signataires » vient de lui être communiquée. La lutte continue au moment où nous écrivons cet article.

CorrespondantEs

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