L’épidémie, vécue par le personnel hospitalier

Dans les hôpitaux publics, après les annonces de Macron, le principal problème auquel le personnel – à plus de 80 % féminin – se trouve confronté est la garde des enfants, maintenant que crèches, écoles, collèges et lycées sont fermés pour au moins deux semaines.

Les collègues, qu’elles soient infirmières, aides-soignantes, agentes de service hospitalier (ASH) ou administratives, se retrouvent livrées à elles-mêmes et, lorsqu’elles vont voir les cadres pour exprimer, parfois vertement, leur désarroi, elles peuvent s’entendre répondre qu’il faudra qu’elles comptent sur les papys et mamies ! On n’est plus à une contradiction près. Rien n’étant a priori prévu pour faire face à ce véritable problème, le CHU de Besançon, à l’instar des hôpitaux du pays, affirme, par la plume de la directrice générale, se « mobiliser pour envisager des moyens de garde pour les enfants des professionnels […] et ainsi leur permettre de travailler ». Un questionnaire en ligne est envoyé au personnel ne disposant d’aucune solution de garde. La crèche du CHU reste ouverte en semaine et en week-end.

Pénurie de personnel

Les plans blancs se multiplient dans les CHU, les hôpitaux, les EHPAD et les hôpitaux psychiatriques. En fait, la crainte des ARS, c’est la conjonction entre un afflux massif de patientEs atteints par le Covid 19 et le manque de personnel.

Ce manque de personnel est chronique, et c’est pourquoi des centaines de services d’urgences hospitalières sont en grève depuis plus d’un an, avec le collectif inter-urgences, soutenu par certaines organisations syndicales. Mais à cette pénurie de personnel vient maintenant s’ajouter les arrêts maladie d’agentEs positifs au Covid 19. Il y en d’ores et déjà plus de vingt au CHU de Besançon. Maintenant viennent se surajouter les absences à prévoir de mères de familles en charge d’enfants qui ne sont plus scolarisés. Les discours solennels ne prennent pas en compte cette réalité. 

Dans les hôpitaux psychiatriques, le confinement des patientEs vire au cauchemar. De nombreux et nombreuses malades sombrent un peu plus dans la paranoïa en regardant la télé parler de la contagion d’un mal invisible – déjà qu’ils et elles n’ont pas grand-chose d’autre à faire en temps normal à cause du manque de personnel qui pourrait les accompagner. Eh bien maintenant, toutE malade suspect d’infection au Covid 19 devra être confiné dans sa chambre à l’hôpital psychiatrique de Besançon comme, sans doute, ailleurs dans le pays. Plus de promenades dans le parc, plus de cafétéria, juste un coin d’herbe le temps de fumer sa cigarette. Voilà qui ne devrait pas améliorer leur santé mentale…

Services fermés

Au CHU de Besançon, le service des maladies infectieuses est passé de 15 à 48 lits. Une deuxième unité d’hospitalisation conventionnelle de 12 lits vient compléter le service des maladies infectieuses. Corrélativement les services d’hospitalisation d’urologie, de médecine interne et d’une unité de médecine ont été fermés, ainsi que 10 lits de pneumologie, pour réaffecter les médecins et soignantEs sur la nouvelle unité Covid 19. Les médecins et paramédicaux retraités sont rappelés, ainsi que l’armée et la Croix Rouge.

Ici, on ne manque pas de matériel de protection. Le self du personnel est fermé. Un système de panier-repas sera mis en place à compter du mardi 17 mars. D’autres mesures sont étudiées : réorganisation du service de réanimation, fermeture complète de toute activité de chirurgie à l’exception des urgences. L’Institut de formation de profession de santé et l’UFR Santé de l’université seront fermés dès lundi 16 mars.

Telle est la vie quotidienne, à l’heure actuelle, en province, dans notre système de santé.

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