Le monde de la psychiatrie et les oubliéEs de la pandémie

De toute évidence, la santé mentale n’est pas prioritaire pour le gouvernement.

Comme dans la plupart des hôpitaux, les directions des établissements psychiatriques ont fonctionné sans visibilité dans un premier temps. Moultes  réunions de crise entre directions, moultes notes de service comme partout ailleurs pour gérer la pénurie en matériels et en moyens humains…
Comme si la psychiatrie était une spécialité accessoire, un luxe que l’on peut se permettre seulement en « temps de paix ». Les premières mesures ont été la fermeture des structures de jour (hôpitaux de jour, centres d’accueil thérapeutique à temps partiel – CATTP) pour pallier les absences des personnels soignants du fait des fermetures des écoles, pour respecter les mesures de confinement ou pour renforcer les unités d’admission ou d’hospitalisations complètes. Les étudiantEs en soins infirmiers ou aides-soignantEs sont mis à contribution, gracieusement, bien sûr.

Les patientEs et les personnels en confinement

Comme à l’hôpital général, on déprogramme les soins non urgents à l’hôpital psy, et c’est la psychiatrie de secteur et la prise en charge ambulatoire qui doit diminuer la voilure.

Les centres d’accueil médico-psychologique (CAMP) sont mis en service strictement minimum quand ils ne sont pas tout simplement fermés. Les soignantsE travaillent essentiellement par téléphone, la plupart des consultations physiques sont annulées ainsi que beaucoup de visites à domicile. Les autres professionnelEs sont mis en position de « télétravail ». Ils et elles constituent une « réserve sanitaire », mobilisable pour intervenir si les besoins de continuité l’exigent.

Pour les patientEs hospitalisés, les visites extérieures comme les sorties d’essai sont interdites. Les mesures de confinement impliquent l’interdiction du droit de circulation dans l’enceinte même  de certains hôpitaux, voire des mises en chambre fermée et/ou en chambre d’isolement si nécessaire pour respecter le protocole sanitaire. Alors que, pour beaucoup de patientEs, délirants ou très déprimés, l’épidémie est très loin de leurs préoccupations. Ce qui les concerne directement, c’est l’absence de visites et la suppression des permissions de sortie.

Des unités dédiées aux patientEs qui montrent les premiers symptômes de la maladie se mettent en place. Pour les cas plus graves, ils seront orientés vers les hôpitaux généraux, nous dit-on, alors qu’en règle générale cela est déjà très difficile de les faire hospitaliser en soins généraux. De plus, cela réduit le nombre de lits pour les autres patientEs, qui sont renvoyés chez eux ou, au pire, à la rue.

Comme dans beaucoup d’établissements, les CHSCT (Comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail) se sont réunis tardivement alors que des cellules de crise se tenaient tous les jours, avec les chefs de pôle et les cadres supérieurs, créant encore plus d’angoisse et d’incertitude chez les personnels.

Les premières revendications ont donc été de réunir cette instance, pour porter les demandes des salariéES sur la demande de masques pour toutes et tous comme recommandé par les ARS au 14 mars. Sauf que le changement de préconisation fait le 17 mars (« Les masques sont portés uniquement lors de prise en charge de cas possibles ou confirmés ») a permis aux directeurs de botter en touche et de gérer la pénurie de stocks. Tout comme avec les demandes de tests, la priorité est donnée au mieux aux personnels en situation de fragilité médicale.

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