La menace d’une deuxième vague de coronavirus se précise

Tous les clignotants sont repartis au rouge concernant la circulation du Covid-19.

On retrouve de nouveau de l’ARN viral dans les eaux usées de nos villes. SOS-Médecins et les généralistes voient de nouveau arriver des patientEs avec des signes de Covid-19, qui sont testés positifs, notamment des enfants après la reprise de l’école. Le taux de reproduction du virus, le R0, qui s’était effondré de 3,3 à 0,7 après le choc du confinement, est repassé au-dessus de 1 en moyenne sur tout le territoire. Dans la région rouennaise, il est déjà autour de 1,5. En Mayenne ou en Seine-­Maritime, les structures de tests et les équipes de traçage des ARS sont au bord de la saturation.

« Relâchement » ?

À tous ceux qui feraient remarquer, à raison, qu’on est encore bien loin des urgences saturées et des lits de réanimation suroccupés des débuts de la première vague, la bonne réponse est : profitons-en – maintenant – pour utiliser à plein les armes à notre disposition (tests, masques, mesures barrières). Car si nous continuons comme aujourd’hui, nous savons quel est notre futur d’ici quelques semaines, sans même parler du début de l’hiver.

Les médias soulignent à juste titre la tentation du relâchement, notamment parmi la jeunesse, nous passent des images de soirées bondées sans mesures barrières. Beaucoup ont envie de profiter de l’été, ou sont plus préoccupés par les plans sociaux que par la pandémie. Mais peu de médias accusent l’État et le gouvernement de ne pas nous préparer face à cette remontée. On nous avait promis 700 000 tests par semaine, on est plus près des 250 000. Seules les personnes symptomatiques sont testées, alors qu’il aurait fallu profiter de l’accalmie pour tester massivement toute la population, notamment celle qui est la plus à risque par son travail, son logement, ses déplacements (personnels des hôpitaux et des Ehpad, des collectivités, du transport, du commerce…).

L’application Stop Covid est un échec, comme annoncé, là où il aurait fallu, dans le respect du secret médical, multiplier les équipes de traçage au plus près des habitantEs et des communautés. Alors que de plus en plus de scientifiques alertent sur la réalité d’une transmission par aérosol du Covid-19, et donc du danger des lieux confinés, demandant instamment l’obligation du masque dans tous les espaces clos, le gouvernement rouvre Disneyland Paris, autorise le public lors du match de foot PSG-Le Havre, sous la pression des sponsors et de l’économie du foot, certes avec des mesures barrières, mais impossibles à respecter dans les queues avant le match.

Il n’est pas trop tard

Le prix plancher des gels et masques va être supprimé. Alors qu’il aurait fallu rouvrir des lits d’hôpitaux, embaucher massivement des personnels, former du personnel de réanimation, les directions d’hôpitaux sont de retour, les lanceurs d’alerte sont condamnés, comme à l’hôpital psychiatrique de Sotteville-lès-Rouen. Là où il aurait fallu donner du pouvoir au personnel dans l’entreprise pour une nouvelle organisation protectrice face au virus et utile à la société, il n’y a que plans sociaux et chasse aux syndicalistes ou inspecteurEs du travail. Là où il aurait fallu diffuser rapidement les tests salivaires (sûrs, ne nécessitant pas d’écouvillon nasal mais un simple échantillon de salive, avec des résultats rendus en moins d’une heure, et pas une journée, permettant non seulement de multiplier les tests, mais de tester massivement avant un rassemblement, le train, l’avion…), ils ne sont pas remboursés et peu diffusés. Montée du Covid-19 d’un côté, relâchement des mesures barrières, retour de l’austérité et de la contre-réforme des retraites de l’autre, pour relancer la machine économique et les profits : explosif !

Et si l’on regarde le monde avec un peu de recul, l’Europe qui, globalement, avait pu avec le confinement casser la première vague de Covid-19, voit des reconfinements partiels en Galice, à Barcelone, à Leicester... Sans parler du reste du monde qui voit encore enfler la première vague. Un monde global dont nous ne sommes pas isolés (on pense aux patientEs venant d’Algérie, porteurs du Covid). C’est au mouvement social de faire entendre rapidement ses propres exigences : des tests rapides, massifs et gratuits, et pas seulement pour les personnes symptomatiques, mais en direction de tous les nœuds de communication de notre société, des moyens pour un traçage respectueux du secret médical et bien accepté, des moyens pour un isolement des porteurs du Covid-19, un bouclier social et sanitaire… Et, plus largement, du pouvoir sur nos vies pour décider. Il y a urgence, si nous ne voulons pas d’un deuxième confinement.

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