La grève de la faim se poursuit à l’hôpital psychiatrique du Rouvray

Les choses se sont accélérées lundi 4 juin, au 14e jour de la grève de la faim à l'hôpital psychiatrique du Rouvray à Sotteville-lès-Rouen. Deux grévistes ont dû être hospitalisés, avec une perte de poids de 14% et un épuisement psychique important, emportés au CHU sur une civière. « Cette grève de la faim fait de moi un robot sans âme » confiait un des grévistes. Une autre a du arrêter pour un problème familial soudain. Mais pour bien montrer que la grève continue, un nouveau gréviste de la faim les a rejoints. Mardi midi un quatrième gréviste devait être hospitalisé. M. Stivala, secrétaire générale de la CGT santé, est attendue ce mardi.

Face à l'indifférence de la ministre de la Santé, la manifestation de soutien a réuni lundi 1100 personnes, dans un cortège très dynamique, bloquant les carrefours, criant son soutien et son admiration aux grévistes, avec des mots d'ordre comme « Buzyn démission », ou « Paradis fiscal, enfer à l’hôpital ». Pour les hospitalierEs du CHU de Rouen, de Pierre-Janet du Havre, de Navarre à Evreux, de la maternité du Belvedère, ou de l'école d'infirmierEs présents, c'est un encouragement à agir pour étendre la mobilisation dans la santé. Les soutiens s'élargissent, avec la venue de délégations de cheminots, de dockers, les distributions massives de tract sur les marchés, la visite de Benoît Hamon, de Philippe Poutou ou de députés du PCF et de La France insoumise. 

La santé malade de l’austérité

La ministre de la Santé répond par le mépris aux salariés qui mettent leur santé en danger osant proposer un nouvel audit à partir du 6 juin, pour une durée de 3 semaines. Ulcérés, grévistes et personnels ont occupé l'administration, déclarant refuser tout nouvel audit, rappelant que le précédent, il y a moins de deux ans, avait coûté 330 000 euros, pointait déjà la souffrance au travail et concluait à l'urgence de créer 59 postes ! 

Ce qui se joue autour du Rouvray, ce n'est pas seulement la création de quelques postes et l'ouverture d'un service pour adolescentEs, pour éviter que des patientEs psychiatrisés ne dorment dans les couloirs ou qu'un garçon de 12 ans qui déprime puisse se retrouver dans un service adulte avec un pervers sexuel de 40 ans ! Avec à la clef quatre plaintes pour viol sur mineurE l'an passé. Ce qui se joue, et ce qui explique la fermeté du pouvoir, le silence incroyable des grands médias, c'est une première victoire ou une nouvelle défaite sur la casse de l'hôpital public programmée par la ministre de la Santé. Sa circulaire budgétaire est claire : « Pour 2018, le niveau des économies sur le champ des établissements de santé s’élève à 1,6 milliard d’euros, dont 960 millions d’économies pesant directement sur le budget des établissements de santé. » Ce à quoi l’association des directeurs d’hôpitaux elle-même répond que « 960 millions d’euros d’économies, c’est comme si on nous demandait de supprimer 15 000 emplois, et nous ne croyons pas qu’il y ait des emplois en trop à l’hôpital ».

Dans cette situation difficile, le soutien doit se renforcer. Avec comme objectif une généralisation des luttes dans la santé pour changer le rapport de forces, et une convergence des luttes avec les cheminotEs, les dockers, les citoyenEs et les familles des malades, en défense du droit à la santé. Car nos vies, la vie des grévistes de la faim, la santé de touTEs valent plus que leurs profits. 

Frank Cantaloup

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