Hôpitaux : Déjà une dizaine de suicides d’agents depuis le début de l’année !

Si nous dénonçons depuis plusieurs années déjà la dégradation de la situation dans les hôpitaux publics, il est indéniable que depuis plusieurs mois nous connaissons une forte accélération de celle-ci...

De la loi Bachelot à la loi Touraine, ce sont des milliers de postes qui ont disparu, des services entiers et des hôpitaux de proximité qui ont fermé. Cela a inévitablement entraîné une très forte dégradation des conditions de travail des hospitalierEs.

Un management venu du privé

Ainsi, dans de nombreux hôpitaux en France, leur quotidien est devenu un enfer : modifications récurrentes des plannings, heures supplémentaires qui s’enchaînent, journées doublées pour palier l’absence de collègues, impossibilité de poser ses congés, non-remplacement des arrêts maladie etc. En bref des cadences infernales qui ne permettent plus aux soignantEs d’exercer leur métier dans des conditions acceptables et qui mettent en danger les patientEs.

À cela s’ajoute un mépris croissant des directions des hôpitaux envers les salariéEs. Ainsi nous voyons progressivement y apparaître des anciens dirigeants d’entreprises privées... Au CHU de Toulouse, nous avons ainsi des anciens de Danone, de Pimkie, de Carrefour… Rien de bien surprenant, étant donné la volonté d’imposé un management qui permette toujours plus de rentabilité.

Les agents ne sont plus que des chiffres. Peu importe leurs qualifications, ils sont censés être interchangeables pour pallier les absences ; consigne leur est donnée de bannir tout « temps perdu » auprès des patientEs. La priorité n’est donc plus au soin, elle est à l’acte, et il faut que ça aille vite, que ça rapporte...

Ne pas perdre sa vie à la gagner

C’est dans ce contexte que plusieurs collègues, et pas uniquement des infirmierEs, ont mis fin à leurs jours cet été. On nous rétorque en permanence qu’un suicide a des origines multi factorielles. Oui, mais il est indéniable que, les concernant, les conditions de travail en font partie. La majorité des hospitalierEs ont été touchés, se sentent concernés. Beaucoup d’entre eux disent même comprendre comment on peut en arriver là.

Au vu de la situation actuelle, il est malheureusement inévitable que d’autres reproduisent ce geste. Notre tâche et celle de toutes celles et ceux qui luttent est désormais de faire en sorte que ces drames ne se produisent plus. Et pour réussir cela, il faut être capable de transformer le désespoir en volonté de se battre, il faut convaincre qu’en luttant tous ensemble, il est possible de gagner. Nous ne partons pas de rien, loin de là : de nombreuses luttes ont eu lieu dans les hôpitaux ces derniers mois, des grèves dures parfois victorieuses, et de nombreux hospitalierEs sont prêts à ne plus courber le dos. La colère est là, et pas que chez les hospitalierEs. Les usagerEs, c’est-à-dire nous tous, avons aussi un rôle important à jouer dans cette mobilisation.

Popo Salinguer

 

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