Hôpital public en urgence vitale

Celles et ceux d’en bas se rebiffent, une lame de fond secoue le pays et pourrait l’emporter sur la politique d’en haut. Les hospitalierEs ne sont pas en reste pour converger avec touTEs contre la réforme des retraites.

Déjà le 5 décembre, dans le cortège parisien mais aussi en régions, les blouses blanches et tous les métiers de l’hôpital étaient dans la rue. Ils et elles y retournent le 17, inscrivant leurs propres revendications dans la mobilisation générale qui s’enracine.

Une vague qui gronde pour défendre l’hôpital public

Sans répit, depuis mars dernier, les Urgences, coordonnées au sein du Collectif inter-urgences, ne désarment pas. Aujourd’hui encore, plus de 280 de ces services sont en grève. En octobre, l’entrée en scène du corps médical qui a constitué le Collectif inter-hôpitaux et repris l’intégralité des exigences portées depuis 8 mois, donne un second souffle à la vague qui gronde pour défendre l’hôpital public. Les associations d’usagerEs montent aussi au créneau pour soutenir la lutte en cours. Une pétition citoyenne a recueilli à ce jour plus de 250 000 signatures pour exiger un vrai plan d’urgence. Les internes, étudiantEs en médecine, ont rejoint l’intersyndicale qui inclut les collectifs et « exige l’ouverture de véritables négociations pour sortir de la crise actuelle ».

Après la mobilisation exceptionnelle de plusieurs dizaines de milliers de participantEs le 14 novembre, les mesures présentées, le 20 novembre, par Philippe et Buzyn, n’ont fait qu’alimenter la colère. Les ministres ne rompent pas avec leur objectif de « réorganisation complète du système de soins » qui sanctionne le démantèlement de l’hôpital public. Leur plan ne répond en rien aux besoins définis au sein des assemblées générales qui dans nombre d’établissements réunissent touTEs les professionnelEs. Les préavis de grève, service par service ou par catégorie professionnelle, se multiplient et bousculent les « manageurs publics de santé » et le syndicat SMPS appelle, pour la première fois, à manifester. Ce gouvernement réussit à faire l’unanimité contre sa politique.

« La rigueur est devenue austérité, puis l’austérité, pénurie… »

Aujourd’hui, près de 900 chefs de services hospitaliers, de toutes spécialités et de toutes régions, mettent leur démission dans la balance. Cette action collective est une première à ce niveau de la hiérarchie médicale. « Comment forcer le gouvernement à ouvrir un Grenelle de l’hôpital public avec un vrai plan financé répondant aux besoins » quand les mesures gouvernementales se résument à moins de 300 millions supplémentaires pour 2020, alors qu’il manque 1,3  milliard d’euros pour répondre à la seule augmentation programmée des charges ? « La rigueur est devenue austérité, puis l’austérité, pénurie… » Épuisement des personnels, départs des agentEs, manque ou vétusté des locaux et du matériel… Ces carences mettent en danger la population. Comme par exemple, les bébés qui, en ces temps d’épidémies hivernales, sont nombreux à être transférés loin de l’Île-de-France qui n’a plus les capacités de les soigner. De longues distances qui les mettent en danger et les éloignent de leurs parents. L’hôpital assure aussi le suivi de 95 % des malades, soit pour des pathologies chroniques ou des maladies orphelines, handicap, maladies psychiatriques et polytraumatiséEs, et reste encore le seul lieu de soins dans les déserts médicaux qui s’étendent. 

Pour le front uni des syndicats, des collectifs dont celui du Printemps de la psychiatrie, des organisations de praticienEs, comme pour les internes, les biologistes, les associations professionnelles et la Coordination de défense des hôpitaux de proximité et des maternités, il ne s’agit pas seulement de « desserrer la contrainte imposée à l’hôpital public », mais bien de défendre le système de santé et les revendications : un objectif national des dépenses d’assurance maladie (ONDAM) revalorisé d’au moins 4 %, la revalorisation générale des salaires et le recrutement de personnel, un plan de formation pluridisciplinaire et l’ouverture de lits pour accueillir les malades en toute sécurité. Ces exigences sont au cœur de la lutte engagée pour sauver l’hôpital public et assurer l’égal accès aux soins de touTEs, sur tout le territoire. 

CorrespondantEs

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