Faire converger les luttes pour défendre l’hôpital et la santé

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Les directions hospitalières viennent de consolider leur budget 2017 et ont projeté celui de 2018 avec les agences régionales de santé. Une hécatombe programmée.

Les établissements publics hospitaliers ont été confrontés, en 2017, à un déficit compris entre 1,2 milliard et 1,5 milliard d’euros, soit trois fois plus qu’en 2016 (470 millions). 

Un cycle sans fin

L’augmentation de l’activité à hauteur de 2,5 ou 3 % n’a pas été au rendez-­vous, les enveloppes spéciales du gouvernement dites « dotations MIGAC » ont baissé drastiquement, les tarifs des actes hospitaliers ont encore diminué de 1 % cette année, l’accroissement de l’endettement devient indispensable pour continuer d’investir, les médicaments innovants coûtent de plus en plus cher, les factures non recouvrées progressent, l’absentéisme des salariéEs qui sont épuisés est devenu un cycle sans fin…

Pour 2018, les choix politiques du gouvernement vont accentuer cette mort lente des hôpitaux avec un « Objectif national des dépenses d’assurance maladie » qui progressera de 2,3 % et qui obligera des restrictions budgétaires record à 4,2 milliards d’euros (contre 4,05 milliards en 2017 et 3,4 milliards en 2016). Ce qui signifie du déficit et/ou des suppressions de postes en masse pour la grande majorité des hôpitaux, alors que les effectifs manquent déjà dans tous les services.

De Marseille à Paris

En ce qui concerne l’AP-HM, Assistance publique-hôpitaux de Marseille, cela va se traduire par une suppression de 800 à 1 000 postes, dont plus de 400 soignantEs pour le 3e CHU de France, qui cumule 1 milliard de dette et 400 millions de déficit sur un budget de 1,3 milliard d’euros. Tel est le chantage de l’État, contre 250 à 300 millions d’euros d’investissements. D’après les syndicats (FO, CGT, CNI), 223 postes ont déjà été supprimés depuis 2015, dont 81 dans les services de soins. Ces 300 à 400 suppressions de postes de soignantEs seraient l’équivalent pour l’ARS de fermetures de lits d’hospitalisation complète pour un développement de la chirurgie ambulatoire qui rapporterait des « gains de productivité ».

Pour le 1er CHU de France, l’Assistance publique-hôpitaux de Paris (AP-HP), on parle de 180 à 280 suppressions de postes contre le maintien des investissements de l’ARS et de la Direction générale de l’offre de soins. L’AP-HP cumule 2,2 milliards d’euros d’endettement et 174 millions de déficit sur un budget de 7 milliards (soit respectivement 32,2 % d’endettement et 2,48 % de déficit). Et pour la première fois dans l’histoire de l’AP-HP, les représentants des médecins (CME) ont voté contre le budget à l’unanimité ! Pour eux, « la réduction des effectifs soignants rend irréaliste l’objectif d’un accroissement permanent de l’activité et dégrade la qualité de vie au travail. Cela fait courir un risque réel pour la sécurité et la qualité des soins dont nous sommes les garants. Tout en reconnaissant les efforts de la direction générale, la CME émet donc un avis défavorable sur le PGFP ». Alors que les personnels sont déjà épuisés, obligés de reporter leurs congés, que les arrêts maladie, maternité ne sont pas remplacés, l’épuisement professionnel gagne les hospitalierEs comme une pandémie, quand ils ne se suicident pas…..

Imposer une autre logique de financement de l’hôpital

Malgré les « économies » réalisées, comme la réforme de l’organisation du travail qui a sacrifié des jours de repos aux salariéEs, la diminution de l’indemnité du travail de nuit, la restriction de la prime d’installation pour les personnes qui deviennent titulaires, ces régressions ne sont qu’une goutte d’eau dans le retour à l’équilibre financier exigé.

C’est le financement de l’hôpital qu’il faut changer ! Car les tarifs des actes hospitaliers sont sous-évalués et ne peuvent « coller » à la réalité de chaque situation de travail. Surtout quand ils sont soumis aux choix politiques qui favorisent les restrictions budgétaires plutôt que la chasse aux paradis fiscaux ou à l’« optimisation fiscale ». Et ce n’est pas le semblant de révision de la tarification à l’activité annoncé par la ministre Buzyn qui donnera à l’hôpital les moyens de remplir ses missions. 

La politique fiscale macronienne, qui choisit de faire payer, au sens propre comme au figuré, les pauvres plutôt que les riches, est une atteinte aux droits humains voire une mise en danger d’autrui !

Les foyers de lutte sont nombreux mais en ordre dispersé. Pour autant, les hospitalierEs en lutte arrachent quelques victoires, à l’instar des grévistes de la pédopsychiatrie de Toulouse et de ceux de la psychiatrie de Rennes (voir interview page 9). 

Les syndicats, qui devraient être à l’initiative de la coordination nationale de toutes ces mobilisations vers un mouvement d’ensemble, ne trouvent pas la voie de l’unité. Comme il est à craindre que la proximité des élections professionnelles, en décembre prochain, ne les y aident pas, les militantEs et toutes celles et ceux qui veulent en découdre et ouvrir une brèche dans la politique de santé de ce gouvernement n’ont d’autre choix que de prendre leurs affaires en main. L’assemblée initiée par SUD santé sociaux le 23 janvier à Paris sera l’occasion d’en débattre pour imposer la convergence des hôpitaux en lutte dans le paysage syndical, et donner ainsi un avenir à la défense de l’hôpital public.

CorrespondantEs

 

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