EHPAD : « Le mouvement de la résidence de l’Abbaye (22) a été vraiment impulsé par les salariéEs »

La grève nationale du 16 juin dans le cadre de la mobilisation des personnels soignants a été massivement suivie sur l’hôpital psy de Bégard (22). La direction, de son côté, a assigné au travail un grand nombre de salariéEs pour désorganiser le mouvement, en s’appuyant sur la l’obligation de continuité des soins aux patients.

Une manifestation a été organisée par les deux syndicats de la Fondation Le Bon Sauveur, La CGT (majoritaire) et SUD Santé. Environ 150 soignantEs se sont mobilisés, rejoints par les personnels du comité de l’aide à domicile du secteur. La manifestation a convergé en direction de l’EHPAD municipale. Ce travail de convergence assez remarquable a été initié par le syndicat CGT en lien avec l’union locale de Guingamp.

La dynamique créée est bien plus que l’expression du ras le bol post confinement, elle suggère que le « Ségur de la santé » est vu comme un leurre par des personnels qui n’ont plus confiance dans les institutions ni dans leurs directions.

Le mouvement a rebondi dès le jeudi 18 juin par un appel à la grève dans un EHPAD au sein de la fondation. Guillaume, secrétaire du syndicat CGT a bien voulu répondre à nos questions.

Dans quel cadre s’est bâti cet appel à la grève des salariéEs de l’EHPAD de l’Abbaye ? Et peux tu nous présenter la spécificité de ce service?

Nous avons été contactés par les salariéEs de la résidence suite à des difficultés liées au mode de management. Ces difficultés ont été particulièrement exacerbées suite à la crise du Covid. Il faut savoir que les EHPAD sont particulièrement sous-financés en France. Concrètement, il y a moins de personnels à la résidence de l’Abbaye que dans les autres structures médico-sociales de la Fondation. Et ceux-ci ne peuvent pas bénéficier de certaines primes qui sont versées aux collègues qui travaillent dans les autres structures médico-sociales de la Fondation Le Bon Sauveur. Cela représente entre 5 et 10% de paie en moins ! Pourtant les résidentEs sont les mêmes. Ce sont souvent des personnes en situation de handicap qui étaient accueillies en MAS [maison d’accueil spécialisée] ou en FAM [foyer d’accueil médicalisé] et qui, arrivées à 60 ans, déménagent à l’EHPAD. 

Comment votre syndicat travaille ces convergences et l’organisation des personnels ?

Pour la mobilisation du 16 juin, nous avons obtenu le contact des camarades de l’aide à domicile via l’union locale CGT de Guingamp. Elles se sont jointes avec enthousiasme au mouvement. Nous n’avons pas réussi à obtenir de contact avant la manifestation avec des salariéEs de l’EPHAD municipal. Du coup on a décidé d’aller manifester jusque là-bas. Les salariéEs de l’EHPAD sont sortis et cela a donné lieu à une belle séquence d’applaudissements mutuels. On parle beaucoup (et à juste titre) de l’hôpital public mais il faut compter aussi avec le secteur associatif (ou privé à but non lucratif), et aussi avec toutes les structures gérées par les collectivités locales qui fonctionnent eux aussi dans une logique de service public. C’est pourquoi une telle convergence était indispensable. 

Concernant l’organisation des personnels, le mouvement des salariéEs de la résidence de l’Abbaye a été vraiment impulsé par les salariéEs. Nous avons eu un rôle de conseil  et d’animation au niveau du syndicat, mais nous avons veillé à toujours leur laisser la décision. Ce sont elles qui ont décidé de maintenir la grève alors que les négociations avec la direction ne leurs semblaient pas satisfaisantes. Comme il leur était particulièrement difficile de faire grève en journée (non seulement en raison de salaires très bas mais surtout parce qu’il est hors de question que ce soient les résidentEs qui pâtissent de la grève), nous avons opté pour une mobilisation en soirée. TouTEs les salariéEs ont ainsi pu venir en dehors de leurs heures de travail. Avec 27 salariéEs présents sur 34, alors que la direction s’attendait à une dizaine maximum, nous avons rempli notre objectif !

Comment la direction et l’encadrement vivent-ils la situation pendant la pandémie alors qu’eux aussi sont sous la contrainte entre, d’un côté les budgets et, de l’autre, la situation alarmante du point de vue de la santé psychique de la population ? 

Paradoxalement, nous n’avons jamais aussi bien travaillé avec la direction que pendant le confinement. Ils ont tout de suite compris que pour passer cette crise ils auraient besoin de cohésion et donc ils nous ont associés à la cellule de crise qui se réunissait régulièrement et qui était l’organe décisionnel durant la crise sanitaire. Nous leur avons fait comprendre que nous n’accepterions pas qu’ils profitent de la période pour rogner sur les droits des salariéEs et contrairement à beaucoup, nos droits ont été globalement préservés durant la période. La direction était tout aussi révoltée que nous devant l’impréparation du gouvernement et tout particulièrement le manque de masques. Et ils sont aussi conscients de la situation alarmante de la santé psychique de la population. Malheureusement, ils ne pensent qu’avec le logiciel idéologique dominant et sont donc incapables d’avoir des réponses à la hauteur des enjeux, car le capitalisme est incapable de produire des soins de qualité pour touTEs. 

 

 

« Crédit photo NPA »

 

 

La grève nationale du 16 juin dans le cadre de la mobilisation des personnels soignants a été massivement suivie sur l’hôpital psy de Bégard (22). La direction, de son côté, a assigné au travail un grand nombre de salariéEs pour désorganiser le mouvement, en s’appuyant sur la l’obligation de continuité des soins aux patients.

Une manifestation a été organisée par les deux syndicats de la Fondation Le Bon Sauveur, La CGT (majoritaire) et SUD Santé. Environ 150 soignantEs se sont mobilisés, rejoints par les personnels du comité de l’aide à domicile du secteur. La manifestation a convergé en direction de l’EHPAD municipale. Ce travail de convergence assez remarquable a été initié par le syndicat CGT en lien avec l’union locale de Guingamp.

La dynamique créée est bien plus que l’expression du ras le bol post confinement, elle suggère que le « Ségur de la santé » est vu comme un leurre par des personnels qui n’ont plus confiance dans les institutions ni dans leurs directions.

Le mouvement a rebondi dès le jeudi 18 juin par un appel à la grève dans un EHPAD au sein de la fondation. Guillaume, secrétaire du syndicat CGT a bien voulu répondre à nos questions.

 

Dans quel cadre s’est bâti cet appel à la grève des salariéEs de l’EHPAD de l’Abbaye ? Et peux tu nous présenter la spécificité de ce service?

Nous avons été contactés par les salariéEs de la résidence suite à des difficultés liées au mode de management. Ces difficultés ont été particulièrement exacerbées suite à la crise du Covid. Il faut savoir que les EHPAD sont particulièrement sous-financés en France. Concrètement, il y a moins de personnels à la résidence de l’Abbaye que dans les autres structures médico-sociales de la Fondation. Et ceux-ci ne peuvent pas bénéficier de certaines primes qui sont versées aux collègues qui travaillent dans les autres structures médico-sociales de la Fondation Le Bon Sauveur. Cela représente entre 5 et 10% de paie en moins ! Pourtant les résidentEs sont les mêmes. Ce sont souvent des personnes en situation de handicap qui étaient accueillies en MAS [maison d’accueil spécialisée] ou en FAM [foyer d’accueil médicalisé] et qui, arrivées à 60 ans, déménagent à l’EHPAD. 

 

Comment votre syndicat travaille ces convergences et l’organisation des personnels ?

Pour la mobilisation du 16 juin, nous avons obtenu le contact des camarades de l’aide à domicile via l’union locale CGT de Guingamp. Elles se sont jointes avec enthousiasme au mouvement. Nous n’avons pas réussi à obtenir de contact avant la manifestation avec des salariéEs de l’EPHAD municipal. Du coup on a décidé d’aller manifester jusque là-bas. Les salariéEs de l’EHPAD sont sortis et cela a donné lieu à une belle séquence d’applaudissements mutuels. On parle beaucoup (et à juste titre) de l’hôpital public mais il faut compter aussi avec le secteur associatif (ou privé à but non lucratif), et aussi avec toutes les structures gérées par les collectivités locales qui fonctionnent eux aussi dans une logique de service public. C’est pourquoi une telle convergence était indispensable. 

Concernant l’organisation des personnels, le mouvement des salariéEs de la résidence de l’Abbaye a été vraiment impulsés par les salariéEs. Nous avons eu un rôle de conseil  et d’animation au niveau du syndicat, mais nous avons veillé à toujours leur laisser la décision. Ce sont elles qui ont décidé de maintenir la grève alors que les négociations avec la direction ne leurs semblaient pas satisfaisantes. Comme il leur était particulièrement difficile de faire grève en journée (non seulement en raison de salaires très bas mais surtout parce qu’il est hors de question que ce soient les résidentEs qui pâtissent de la grève), nous avons opté pour une mobilisation en soirée. TouTEs les salariéEs ont ainsi pu venir en dehors de leurs heures de travail. Avec 27 salariéEs présents sur 34, alors que la direction s’attendait à une dizaine maximum, nous avons rempli notre objectif !

 

Comment la direction et l’encadrement vivent-ils la situation pendant la pandémie alors qu’eux aussi sont sous la contrainte entre, d’un côté les budgets et, de l’autre, la situation alarmante du point de vue de la santé psychique de la population ? 

Paradoxalement, nous n’avons jamais aussi bien travaillé avec la direction que pendant le confinement. Ils ont tout de suite compris que pour passer cette crise ils auraient besoin de cohésion et donc ils nous ont associés à la cellule de crise qui se réunissait régulièrement et qui était l’organe décisionnel durant la crise sanitaire. Nous leur avons fait comprendre que nous n’accepterions pas qu’ils profitent de la période pour rogner sur les droits des salariéEs et contrairement à beaucoup, nos droits ont été globalement préservés durant la période. La direction était tout aussi révoltée que nous devant l’impréparation du gouvernement et tout particulièrement le manque de masques. Et ils sont aussi conscients de la situation alarmante de la santé psychique de la population. Malheureusement, ils ne pensent qu’avec le logiciel idéologique dominant et sont donc incapables d’avoir des réponses à la hauteur des enjeux, car le capitalisme est incapable de produire des soins de qualité pour touTEs. 

 

Correspondant comité Lannuon Gwengamp Bear Pempoull.

 

 

 

Licence créative commons

Nos articles sont publiés sous licence Créative Commons. Voir les détails.