Sans-papiers : la révolte jusqu’au bout des ongles

Entretien. En février dernier, avait eu lieu la première occupation d’un salon de beauté au 50 boulevard de Strasbourg dans ce quartier de Paris, métro Château-d’Eau, entièrement dédié à la coiffure afro-antillaise. Cette occupation avait permis la régularisation des employéEs sans-papiers. Nous avons rencontré les travailleurEs du 57 qui occupent leur salon depuis le 24 juillet. Fatou, coiffeuse ivoirienne, a répondu à nos questions.

Qui êtes-vous ?
Nous sommes 18 travailleurEs, dont cinq hommes, originaires d’Afrique de l’Ouest, francophone et anglophone. Il y a des NigérianEs parmi nous et quelques travailleurEs chinois, surtout des manucures.

Pourquoi votre lutte a démarré ?
Nous avons été transférés lors de la fermeture du 50. Nous travaillions près de 13 heures par jour toute la semaine, parfois le dimanche, sans feuille de paie, en reversant 60 % du chiffre d’affaires au patron et en achetant nous-mêmes les produits.
Nous avons d’abord fait grève en mai, avec le soutien de la CGT, puis un nouveau patron, français, a repris le salon. La CGT lui a alors demandé de nous déclarer. Il nous a fait des fiches de paie mais ne nous payait presque pas. Il fallait ruser et avoir un « motif » pour être payé. D’ailleurs, dans les autres salons du quartier, les patrons déclarent 2 heures leurs employéEs, alors que ceux-ci travaillent 10 heures. Mais ils ont tous peur d’être expulsés, alors ils ne disent rien, et ils ne viennent pas nous soutenir non plus.

Quel événement vous a conduit à occuper le salon ?
Le 22 juillet dernier, le patron a mis le salon en liquidation mais il ne nous l’a dit que le 24. Nous, nous avons donc travaillé deux jours sans le savoir. Le patron a appelé la police pour nous déloger, et nous, on a appelé la CGT. On a déposé plainte contre lui, il y a une enquête en cours au terme de laquelle nous espérons que la préfecture nous régularisera.

Le patron a essayé de vous expulser ?
Le liquidateur l’a fait, mais le tribunal nous a donné un délai jusqu’au 23 octobre. Nous espérons qu’il sera prolongé. Nous avons pas mal de soutien : le maire du 10e, la CGT, Solidaires, Attac, le Front de gauche et désormais le NPA.
Beaucoup de médias s’intéressent à nous : Libération, Canal Plus, etc. mais la police ne veut pas entendre parler de ce qu’ils appellent le « complot du boulevard ». Les autres patrons nous sont hostiles. L’inspection du travail a écrit aux 80 salons du quartier pour leur demander d’appliquer le code du travail. En attendant, on continue l’occupation !

Propos recueillis par Catherine Segala et LD
Solidarité financière : adressez vos dons à l’ordre de l’UD CGT Paris (mention « solidarité salariés du bd de Strasbourg » au dos) au 85 rue Charlot 75140 Paris cedex 03.

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