RATP : une gestion bien opaque

Les vilains dirigeants de la RATP viennent de recevoir des tapes sur les doigts de la part de la Cour des comptes, non pas pour avoir chipé une barre de chocolat, mais pour la manière dont ils ont négocié un énorme contrat pour 65 trains à deux étages en 2009.
Dans un rapport de la Cour, resté confidentiel depuis juin jusqu’à ce que le Monde se le procure et en publie des extraits, on apprend qu’il n’y avait qu’une seule offre pour ce contrat, celle d’Alstom-Bombardier. En 2008, la direction de la RATP avait estimé le coût par train à 20 millions d’euros. 
D’après la Cour, ce montant « ne reposait sur aucune analyse ». En effet, un an plus tard, l’offre d’Alstom, acceptée par la RATP, s’élève à 25,8 millions par train, et en juin 2012, le coût initial de 1,3 milliard pour les 65 trains, passe à 2 milliards d’euros !
Les rapporteurs de la Cour se limitent à se demander si « le bas niveau de l’estimation » n’a pas tout simplement « contribué à dissuader les industriels autres qu’Alstom-Bombardier de déposer une offre ». Mais on pourrait aussi  se demander pourquoi cette démarche et dans l’intérêt de qui !
Impunité
Comme pour la plupart des « irrégularités » dénoncées par la Cour des comptes dans leurs contrôles des dépenses publiques, on ne le saura sans doute jamais. Les rapports de la Cour n’ont pas de caractère contraignant et les rares fois où les cas passent en justice les coupables s’en sortent d’habitude très bien. 
En 2008, un rapport de la Cour épinglait Sarkozy sur l’utilisation de l’argent public pour des sondages qui servaient surtout sa propre communication politique. Affaire classée sans suite en 2011 après plainte pour favoritisme, et Sarkozy a continué comme avant, comme en témoigne le dernier rapport en juillet 2012, qui dénonce les contrats juteux de plusieurs centaines de milliers d’euros en faveur de ses copains.
Enfin, concernant cette affaire de la RATP, quel contraste avec la manière dont la même direction traite le malheureux qui se trouve dans une de ces rames toutes neuves sans ticket de transport : 25, 40 ou 50 euros d’amende tout de suite et en cas de « récidive », une plus grosse amende, voire la prison.
Les rapports de la Cour des comptes nous apprennent donc beaucoup mais concernant la justice, comme toujours, il va falloir se battre pour l’obtenir.
Ross Harrold

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