« Qu'est-ce qui est le plus moral : créer une banque ou l'attaquer ? » 

[Citation de Bertolt Brecht]

Le Monde a publié des informations liées à une gigantesque opération d’évasion fiscale sur la base de données provenant de la filiale de la banque britannique HSBC à Genève. Le journal a pu accéder aux données bancaires de plus de 100 000 clientEs, représentant la somme de 180 milliards de dollars, dont 3 000 clientEs français.

Le système était bien rodé : la filiale genevoise de HSBC ouvrait des comptes sans se préoccuper de l’origine des fonds, proposant une sécurité supplémentaire : la mise à l’abri des fonds dans des sociétés domiciliées dans des paradis fiscaux (Panama ou les îles Vierges). Parmi les personnes concernées en France, des patrons d’entreprises comme Tati ou les parfums Nina Ricci, des artistes, des sportifs, etc. Et au niveau international, des trafiquants d’armes et de drogues, des financiers, le roi du Maroc, des princes saoudiens, etc.

Les données publiées ne concernent que la période de novembre 2006 à mars 2007. C’est donc la face émergée de l’iceberg. De plus, la filiale genevoise de HSBC n’est pas la seule banque dans le monde à se livrer à cette activité. En France, la commission d’enquête du Sénat sur l’évasion fiscale avait estimé son coût pour les finances publiques entre 30 et 60 milliards d’euros par an, 60 à 80 milliards d’euros selon le syndicat Solidaire-Finances Publiques.

« Ces exemples appartiennent au passé » a réagi l’Association suisse des banquiers. Le ministre des Finances Sapin a déclaré que « vraiment on a tourné la page »... Cette nouvelle affaire vient trois mois après le « Luxembourleaks » qui concernait des entreprises. 7 ans après le début de la crise, les banques continuent de prospérer... et de frauder. Aucune réglementation sérieuse de leurs activités ne leur a été imposée. En 2013, la banque HSBC n’avait écopé que d’une amende pour des faits prouvés de blanchiment d’argent de narcotrafiquants et de liens avec des organismes susceptibles de financer le terrorisme. Une sénatrice américaine s’était alors énervée : « Combien de milliards de dollars faut-il blanchir (…) pour qu’on envisage, enfin, de fermer une banque comme celle-ci ? » Bonne question, mais qui oublie que le problème n’est pas une banque particulière mais les banques et la finance en général, qu’il faut exproprier et socialiser !

Henri Wilno

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